A l’hôpital américain de Paris « 100% des trisomiques sont dépistés »


Lors du congrès de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP), le Docteur François Jacquemard, gynécologue obstétricien à l’hôpital américain de Paris, a présenté son « expérience » en tant que pionnier du DPNI. Dans cette assemblée, il est un exemple à suivre, un « sage » qui parle avec autorité. Depuis janvier 2013, 5400 DPNI ont été réalisés dans son service, sous traités avec les laboratoires Sequenom ou Cerba[1]. Il prédit leur remboursement d’ici fin 2016.

 

Il ne dédaigne pas le dépistage combiné, encore « tout à fait valable », et qui donne un « excellent résultat » : « 90% des enfants trisomiques 21 sont ainsi dépistés ». Il explique cependant, tout aussi froidement, qu’avec le DPNI, le taux a évolué pour atteindre les 100% dans son hôpital. Ainsi, même les fœtus porteurs de trisomie qui « échappaient » au dépistage combiné dans la population à risque intermédiaire, sont « trouvés » avec le DPNI. Et il fait valoir l’atout qui sera invoqué à maintes reprises lors du congrès : avec le DPNI, le nombre d’amniocentèse dans son service est passé de 1400 en 2009 à 400 en 2013.

 

Parant aux éventuelles questions éthiques et entretenant son image de médecin humaniste, il explique travailler avec des laboratoires « sérieux » et avoir mis en place une organisation « très codifiée ». Les résultats sont rendus dans un délai de 5 à 8 jours, « commentés par le médecin qui a réalisé le conseil prénatal ». Il s’étonne, mais les accueille tout de même, d’avoir des demandes de femmes qui « pour des raisons philosophiques veulent se préparer à la naissance d’un enfant à particularité et ne veulent pas prendre le risque associé à une amniocentèse ». Chaque jour, il répond à des dizaines de femmes qui lui adressent des mails pour des situations particulières.

 

Pour lui, la situation est sans faille : « 100% des trisomiques sont dépistés », et aucune dérive n’est observée. Déjà il balise l’étape suivante : « aller chercher d’autres anomalies que la trisomie 21 avec le DPNI ». Cela permettrait de « réduire les coûts » liés aux diagnostics tardifs… ou liés à la naissance d’enfants handicapés. Et il précise que des études sont en cours pour valider l’utilisation du DPNI dans ces indications.

 

De toute façon conclut-il, « les patientes voyagent » : il le sait bien puisque les femmes qui s’adressent à l’hôpital américain sont essentiellement des expatriées, asiatiques et anglophones. Elles « iront chercher ce test n’importe où mais pas dans les mêmes conditions de sécurité ». La question éthique se résume pour lui à proposer le DPNI « dans des conditions de sécurité » : ses performances, froides et cruelles, ne doivent pas pâtir d’un tourisme prénatal.

 

Ainsi à l’hôpital américain, l’« humanisme » s’incarne au travers du rejet de ceux qui sont sans pouvoir, handicapés. Les femmes enceintes sont devenues des clientes, le DPNI offre un marché très lucratif, les enfants porteurs de trisomie 21 en sont les premières victimes : « La trisomie est en fait la figure de proue d’une longue liste par laquelle personne ne sera sûr d’échapper aux possibilités sélectives de demain »[2]. Jusqu’où faudra-t-il aller ?

 

[1] Déjà, en 2007, il avait précédé les recommandations concernant le dépistage combiné qui s’est généralisé en 2009.

[2] Danielle Moyse, Docteur en philosophie, janvier 2012.