L’OMS dit stop à la naissance de bébés génétiquement modifiés



Huit mois après la révélation de la naissance en Chine du premier bébé génétiquement modifié par le chercheur He Jiankui (cf. Chine : naissance de deux bébés génétiquement modifiés), qui a suscité beaucoup de réactions (cf. Réactions et ouverture d'enquête après l'annonce de la naissance de deux bébés génétiquement modifiés), l’OMS demande que toutes les expérimentations qui pourraient mener à la naissance d’humains génétiquement modifiés soient arrêtées. 

 

Le directeur général de l’OMS a fait ce vendredi 26 juillet une déclaration : « Les autorités réglementaires de tous les pays ne devraient autoriser la poursuite d’aucun travaux dans ce domaine jusqu’à ce que leurs implications soient bien considérées ». Cette recommandation vient du groupe d’experts sur l’édition du génome humain, mis en place par l’OMS en décembre (cf. Bébés OGM : l’OMS met en place un groupe d’étude, une équipe d’Harvard se lance dans des recherches similaires). Le groupe suggère également que l’OMS créé « un registre transparent mondial pour toutes les expérimentations liée à l’édition du génome humain ». 

 

« Je félicite l’OMS d’avoir pris une position qui, je pense, va dans la bonne direction sur ce sujet », a expliqué Fyodor Urnov, un scientifique dans l’édition du génome qui estime que cette technologie n’est pas nécessaire médicalement. Reste à savoir si « cela va avoir un pouvoir dissuasif sur quiconque espère suivre les pas » du chercheur chinois He Jiankui. Si l’édition du génome humain est interdite aux Etats-Unis (cf. Bébés OGM : interdiction maintenue aux Etats-Unis), un scientifique en Russie a lancé des essais (cf. Des parents russes se portent volontaires pour des modifications de leurs futurs bébés avec CRISPR-Cas9). Et étant donné que les composants de la technique CRISPR sont faciles à acquérir, « l’OMS ne peut pas faire grand-chose pour empêcher des scientifiques peu scrupuleux » de réaliser clandestinement des recherches cliniques dans l’édition du génome. 

 

Carolyn Brokowski, chercheuse adjointe et bioéthicienne à la Yale Medical School estime que bien qu’elle n’ait pas le poids d’une loi, l’OMS a d’autres pouvoirs : « Etant donné l’incertitude en ce moment, il serait regrettable pour un pays ou une institution de faire quoi que ce soit de contre indiqué par l’OMS. Globalement, je m’attends à ce qu’elle freine l’enthousiasme d’aller de l’avant dans cette technologie. » Jennifer Doudna, biochimiste à l’université de Berkeley, espère que les agences gouvernementales vont aider à faire respecter toutes les recommandations de l’OMS et des autorités similaires : « Avec un énoncé comme celui-là, il est clair qu’il ne devrait pas y avoir d’usage d’édition du génome germinal humain dans les cliniques et il devient très difficile pour quiconque d’affirmer qu’ils ne savaient pas ou qu’ils opéraient dans les lignes directrices publiées ».

 

Pour aller plus loin :

Bébés OGM : la Chine durcit sa règlementation

Edition du génome : vers de nouvelles directives internationales ?

« CRISPR Cas9 est un outil. Quand on veut en faire une thérapeutique, ça se complique »

Bébés OGM : cobayes malgré eux


Sources: 

Wired (30/07/2019) - THE WORLD HEALTH ORGANIZATION SAYS NO MORE GENE-EDITED BABIES