Martine Segalen : « Pour la première fois, l’État français va autoriser la fabrication d’enfants sans père »



« La GPA (gestation pour autrui) fait du corps de la femme et de l’enfant des objets produits dans une société où la procréation est devenue un marché », a déploré hier Martine Segalen, sociologue, ethnologue et professeur émérite à l’université Paris Nanterre. Elle souligne que la reconnaissance du parent commanditaire et l’effacement de la mère porteuse à l’état civil, équivaut à une autorisation de la GPA.

 

S’agissant de la « PMA pour toutes », Martine Segalen s’interroge : « Est-il encore possible de dire aujourd’hui que la sexualité des couples de lesbiennes n’est pas la même que celle des couples hétérosexuels ? ». Elle explique : « certes, nous comprenons tous le désir de ces femmes d’avoir un enfant », mais cela justifie-t-il de « faire l’impasse des grands principes qui régissent la filiation » et de « prendre le risque d’une technicisation accrue de la procréation ? ». « Pour la première fois, l’État français va autoriser la fabrication d’enfants sans père », constate-t-elle, « c’est une brèche dans la filiation ». Pour elle, inscrire « mère » et « mère » sur l’acte de naissance d’un enfant est un « mensonge juridique ». Ce projet de loi semble « nier l’importance de la filiation masculine et de la filiation symbolique sexuée qui relève des institutions sociales », ajoute-t-elle, « comme s’il fallait débarrasser la filiation d’un ordre « hétéronormé ». Mais dire cela, c’est prendre le risque de se faire traiter d’homophobe ». Selon elle, « c’est bien évidemment pour protester contre un bouleversement de la filiation que des milliers de personnes ont manifesté dans la rue contre la loi Taubira ». « S’il s’agissait uniquement d’un rejet homophobe, elles n’auraient pas été aussi nombreuses », observe-t-elle.


Sources: 

Le Figaro, Agnès Leclair (10/09/2019) - «Le projet de loi bioéthique semble nier l’importance de la filiation masculine»