Moustiques génétiquement modifiés : entre Dr Jekyll et Mr Hyde



Une équipe de chercheurs a mené au Brésil une expérience de modification génétique visant à réduire une population de moustique. Des moustiques mâles ont été modifiés à l’aide de CRISPR « pour que leur progéniture ne soit pas viable », puis introduits dans la nature pour que cette modification génétique se propage. Les diptères modifiés ont été développés par la société Oxitec.

 

Durant « une brève période », « le nombre de moustiques a bel et bien diminué ». Mais, « seulement 18 mois plus tard, la population a immédiatement rebondi, avec la naissance d’hybrides génétiques viables (ce qui n’était pas prévu). Et ce n’est pas tout : les hybrides pourraient être encore plus résistants aux futures tentatives visant à réduire leur nombre… ».

 

De fait, explique Jeffrey Powell, auteur de l’étude parue dans Nature« l’affirmation était que les gènes de la souche modifiée n’entreraient pas dans la population, car la progéniture mourrait. Mais ce n’est évidemment pas ce qui s’est passé. D’autres moustiques hybrides sont nés ». Si cette première génération n’est pas plus dangereuse que les moustiques sauvages, « les scientifiques responsables du projet affirment ne pas pouvoir parfaitement prédire ce qui pourrait changer pour les générations futures ».

 

Complément du 28/10/2019 :

Ces expériences « plaident plutôt en faveur d’une réflexion accrue sur les risques qu’elles génèrent, en regard des bénéfices qu’il est permis d’en attendre ». Déjà en octobre 2017, le groupe d’experts ad hoc de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) émettait des critiques sur l’évaluation des résultats menés sans rapport avec les objectifs initiaux. En effet, « les essais conduits par Oxitec étaient évalués en fonction de la réduction de population d’insectes, non en termes de réduction de l’incidence des maladies qu’ils transmettent aux hommes ».

 

Pour aller plus loin :


Sources: 

Trust my science, Jonathan Paiano (18/09/2019) - Une expérience génétique sur des moustiques visant à freiner leur reproduction vire presque au drame

Le Monde, Stéphane Foucart (26/10/2019) - « A l’heure où les biotechs veulent se soustraire à toute régulation, les premières expériences plaident plutôt en faveur d’une réflexion accrue »