Obtenir un embryon à partir de cellules souches, une alternative faussement éthique



Depuis cinq ans, des chercheurs étudient la possibilité de cultiver in vitro des cellules souches de souris ou des cellules souches humaines dans des conditions telles[1] qu’elles s’organisent spontanément en une structure 3D similaire aux embryons de souris ou d’humain, nommés « blastoïdes ». Ces derniers mois, ils estiment avoir fait des progrès avec les cellules souches de souris, obtenant non seulement des structures d’embryons mais aussi des organes extra embryonnaires (sac vitellin et placenta). Transférés dans l’utérus d’une souris, ces « embryons » peuvent ainsi s’implanter mais leur développement s’arrête au bout de quelques jours. Ces modèles seraient « quasiment impossibles à distinguer des embryons de laboratoires » obtenus par fécondation in vitro. L’objectif actuel est d’étudier l’embryogenèse murine et humaine, dans le but d’améliorer les traitements de PMA[2] ou la contraception[3], de créer des organes pour pallier le manque de donneurs ou cribler des médicaments. Un autre objectif consiste à prévenir des maladies se développant durant les premières semaines de gestation du fait de la consommation d’alcool ou de médicaments par la mère via l’étude des mécanismes génétiques et épigénétiques en cause.

 

A ce jour, quatre modèles d’embryons différents ont été obtenus : trois murins et un humain, « moins avancé ». Tous cessent de se développer au bout de quelques jours et la comparaison génétique avec des embryons naturels n’a pas été rigoureusement évaluée.

 

Mais ces « embryons » soulèvent de graves questions éthiques, telles que leur statut actuel et à l’avenir, les chercheurs souhaitant les « perfectionner » mais envisageant d’en produire « en grand nombre » et d’expérimenter des modifications de leur génome.

 

D’autres y voient une alternative à la recherche sur l’embryon obtenu de FIV. En 2015 déjà, Nicolas Rivron, Martin Pera et leurs collègues s’interrogeaient sur ces questions. Au vu des travaux effectués aujourd’hui, ils appellent à une discussion internationale sur le sujet, en vue d’édicter des lignes directrices pour la recherche et d’établir une source d’information fiable sur l’état des recherches dans ce domaine.

 

Ils soulèvent quatre questions :

 

  • Les modèles d’embryons doivent-ils être traités légalement et éthiquement comme des embryons humains ? Dans le cas d’une réponse positive, ils seraient assimilés à la création d’embryons pour la recherche. Pour répondre à cette question, les auteurs estiment qu’il faudrait vérifier si ces embryons peuvent se développer jusqu’à terme, ce qui posent également des problèmes éthiques. En outre, l’interdiction du clonage reproductif humain s’étend à la réalisation d’un tel test sur des modèles formés à partir des cellules iPS.

 

  • Quelles applications de recherche impliquant des modèles d'embryons humains seraient éthiquement acceptables ? La recherche sur l’infertilité et les maladies génétiques ? La reproduction (même si actuellement la technique ne le peut pas) ?

 

  • Jusqu’à quel moment du développement les tentatives visant à développer un embryon humain intact dans une éprouvette doivent-elles être autorisées ? (La recherche sur l’embryon conçu par FIV est dans un grand nombre de pays limité à 14 jours de développement).

 

  • Une partie modélisée d'un embryon humain a-t-elle un statut éthique et juridique similaire à celui d'un embryon complet ?
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Note Gènéthique :

Le raisonnement éthique sur ces modèles d'embryons est pour une part comparable à celui sur les parthénotes humains: 

Les parthénotes humains, source controversée de cellules souches

 

Pour aller plus loin:

Recherche sur l’embryon : Sur quoi se fonde la règle des 14 jours ?

Recherche sur l’embryon humain : D’où vient la règle des 14 jours ?

 


[1] Nombre de cellules, facteurs de croissance et éventuellement structures telles que des micro puits.

[2] Beaucoup d’inconnues demeurent sur les premières semaines de développement, notamment sur l’implantation de l’embryon. L’échographie n’est pertinente qu’après 5 semaines de grossesse.

[3] Par une action antinidatoire qui relève donc plus de l’avortement que de la contraception [ndlr].


Sources: 

Nature, Nicolas Rivron, Martin Pera, Janet Rossant, Alfonso Martinez Arias, Magdalena Zernicka-Goets, Jianping Fu, Susanne van den Brink, Annelien Bredenoord, Wybo Dondorp, Guido de Wert, Insoo Hyun, Megan Munsie, Rosario Isasi (12/12/2018)