Organoïdes de cerveau humain implantés dans des animaux : les chercheurs interrogent l’éthique



Alors que des études sont menées sur du tissu cérébral humain implanté dans un cochon, 17 experts, scientifiques, éthiciens, philosophes, ont appelé, dans une longue tribune publiée dans la revue Nature, à un débat sur l’éthique du stockage et de l’utilisation de la matière cérébrale humaine. En effet, « à mesure que les substituts du cerveau deviennent plus grands et plus sophistiqués, la possibilité qu'ils aient des capacités apparentées à la sensibilité humaine pourrait devenir moins éloignée», constatent-ils. « De telles capacités pourraient inclure le fait de pouvoir ressentir, dans une certaine mesure, le plaisir, la douleur ou la détresse, d’être capable de stocker et de récupérer des souvenirs, ou peut-être même d’avoir une perception de soi ou de conscience de soi. »

 

Ils mettent en avant le besoin de « directives claires pour la recherche » et la nécessaire mise en place de comités de surveillance spécifiques.

 

Ils pointent les résultats d’une étude dans laquelle les chercheurs ont souligné qu’une activité neuronale avait été détectée après avoir éclairé la région d'un « organoïde » humain avec des cellules oculaires et cérébrales. Ils soulignent que, dans une autre étude, de minuscules organoïdes du cerveau humain implantés dans le cerveau de souris ont survécu et communiqué avec le cerveau hôte. Et ils s’interrogent : « Sans en savoir suffisamment sur ce qu'est la conscience, et quels sont les éléments de base dont elle a besoin, il peut être difficile de savoir quels signaux rechercher » dans des expériences pour mesurer les modifications qui sont apportées. Quelles sont les limites d’une recherche éthiquement justifiable ?

 

Si les experts ne remettent pas en question la recherche, ils estiment que pour « assurer le succès et l'acceptation sociale de cette recherche à long terme, un cadre éthique doit être forgé dès maintenant, alors que les substituts du cerveau en sont encore aux premiers stades de leur développement ».


Sources: 

Medical Press (25/04/2018) ; Nature, The ethics of experimenting with human brain tissue (25/04/2018)