Parcours de PMA, parcours du combattant ?



« Les parcours de PMA sont éprouvants physiquement mais aussi psychologiquement, tant au niveau individuel qu’au niveau du couple ». Un aspect qui est « souvent négligé par les médecins et les personnes qui le vivent ».

 

Barbara et Alan[1] témoignent : à 30 ans et après une première grossesse qui s’est soldée par une fausse couche, le couple se tourne vers un centre de procréation médicalement assistée (PMA) « sur les conseils d’une amie ». « On nous a fait faire un tas d’examens et de prises de sang pour qu’au final on nous apprenne que nous n’avons aucun problème, raconte la jeune femme. Ils n’ont pas d’explications ». Mais « on leur propose de suivre un parcours de PMA avec fécondation in vitro (FIV) ». « Je ne savais pas du tout dans quoi je me lançais », estime Barbara.

 

Une première FIV est pratiquée, sans succès. Avec la suspension des parcours de PMA en raison du confinement (cf. Coronavirus : l’ABM recommande la suspension des parcours de PMA), Barbara demande de l’aide. Ce qui n’est pas rare : « D’après une étude parue en 2017[2], plus de 40 % des femmes en PMA "présentent des troubles psychiatriques de types anxieux ou dépressifs" ». Pour Mathilde Bouychou, psychologue clinicienne, cette détresse est due au fait que « quelle que soit l’origine de l’infertilité, 95 % des traitements et interventions sont sur la femme. Tous les professionnels sont donc tournés vers elle, ce qui met à distance le conjoint et de fait, il y a une mise à distance au sein du couple » (cf. PMA : des couples sous tension). Et les difficultés sont nombreuses, tels « les échecs à répétition, la lourdeur des traitements, le fait pour la femme de voir son corps instrumentalisé » (cf. « La PMA n’est pas un gage de réussite » ). « Je ne sais pas si j’aurai la force de continuer encore longtemps », déclare Barbara.

 

La psychologue rappelle que « la médecine de la reproduction » « n’est pas une médecine magique qui donne un bébé à tous les coups, et la question de l’infertilité est plurifactorielle : médicale, émotionnelle, psychique… » Et elle « désapprouve l’obstination déraisonnable : "Je dis aux couples que quand ce n’est plus supportable, il faut que ça s’arrête pour eux. Souvent ils s’en remettent aux médecins (…) à un point que ce parcours de PMA les amène à être dépossédés de beaucoup de choses, estime-t-elle. Quand telle ou telle stratégie médicale leur est proposée, je leur demande toujours s’ils sont d’accord avec cette décision. Il faut qu’ils s’autorisent à se poser ces questions-là" ».

 

Finalement, « une fois que la question ‘et s’il n’y a pas d’enfant ?’ est posée, elle amène énormément de soulagement, affirme Mathilde Bouychou. Elle n’enlève pas la douleur de cette éventualité mais le fait de pouvoir penser qu’il peut y avoir une vie après, que même si l’on n’a pas d’enfant on s’aime et on va rester ensemble, qu’on va trouver d’autres projets, est libérateur » (cf. Dire Stop à la FIV… parce qu’on peut être sans enfant et heureux). D’autant que « le parcours de PMA amène beaucoup de morbidité ». 

 

 

Pour aller plus loin :

PMA, la consécration du marché du corps humain servie par les dérives du droit

Des coaches en désir d’enfant pour soutenir les couples infertiles

"Les médecins et les gynécologues ne connaissent finalement pas grand-chose à l'infertilité"

Recherches sur les causes de l’infertilité : peu d’équipes impliquées en France

NaProTechnologie : « favoriser l’efficacité de l’acte procréateur, sans pour autant se substituer à lui »

 


[1] Les prénoms ont été modifiés par la journaliste.

[2] Détresse psychologique des couples infertiles : une approche globale. Elodie Girard, Vasiliki Galani, Simona Toma, Isabelle Streuli. Rev Med Suisse 2017; volume 13. 371-374.


Sources: 

Doctissimo, Morgane Garnier (06/07/2020)