Pays-Bas: 2,9 millions débloqués pour un prototype d' "utérus artificiel"



Le programme européen Horizon 2020 vient d’accorder une subvention de 2,9 millions d'euros à l'Université d'Eindhoven aux Pays-Bas pour la mise au point d'un prototype d’utérus artificiel destiné aux bébés prématurés. Ce modèle doit permettre une respiration artificielle aux nourrissons en reproduisant les conditions biologiques intra-utérines : le bébé étant entouré de liquide et recevant de l'oxygène et des nutriments par le biais d’un placenta artificiel qui se connectera à son cordon ombilical.

 

Guid Oei, professeur de cette université néerlandaise et gynécologue au centre médical Maxima, explique que les tentatives d’apporter de l'oxygène ou des nutriments directement aux bébés prématurés qui n'ont pas encore de poumons ou d'intestins complètement développés, peuvent entraîner des dommages. Selon l'association caritative Tommy's, les bébés nés avant 22 semaines n'ont pratiquement aucune chance de survie. A 22 semaines, leur chance n'est que d'environ 10%. Mais seulement deux semaines plus tard, le taux de survie atteint environ 60 %.

 

Des expériences ont été faites sur des agneaux, mais les chercheurs « travaillent maintenant sur des prototypes qui doivent réellement remplacer le ventre d’une femme pour des bébés humains ». Guid Oei a ajouté que lui et ses collègues prévoient de développer ce prototype en utilisant des répliques imprimées en 3D de bébés humains équipés d’une foule de capteurs, et que l'utérus artificiel ne sera pas simplement un sac biologique en plastique, mais qu’il recréera l'expérience vécue dans l'utérus - y compris le son des battements du cœur de la mère. Les bébés devraient ressentir, voir, entendre « les mêmes sons » que dans le ventre de la mère.

 

Elizabeth Chloe Romanis, avocate à l'Université de Manchester au Royaume-Uni, qui a étudié la bioéthique de l'utérus artificiel, a mis en garde : cette technologie soulève des questions - notamment pour les bébés sur lesquels elle sera testée, ainsi que sur les implications à long terme liées au fait d'être en gestation dans un utérus artificiel. Par ailleurs, « la loi traite les fœtus et les bébés très différemment, alors comment le sujet de l'utérus artificiel s'intègre-t-il ? », a-t-elle demandé, s’interrogeant sur la façon dont une telle gestation pourrait être considérée par la société, en particulier si elle venait à être une alternative à une grossesse naturelle. « Il est clair que les questions juridiques et éthiques découlant de la technologie doivent être abordées dès maintenant, avant que l'utérus artificiel ne devienne une réalité », a souligné l’avocate.

 

L'équipe espère avoir un prototype fonctionnel de son "utérus artificiel prêt à l'emploi" dans les cliniques d'ici cinq ans.

 

Pour aller plus loin :

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Jacques Testart : « Jusqu’où ira-t-on si c’est la capacité technique qui commande à la bioéthique » ?


Sources: 

The Guardian, Nicole Davis (08/10/2019) - Artificial womb: Dutch researchers given €2.9m to develop prototype