Recherches sur l’embryon : l’heure du choix pour le professeur Menasché


Le professeur Menasché est largement encensé par les médias depuis le lancement de son essai clinique à base de cellules souches embryonnaires humaines il y a trois ans. Une triste première[1] en France : il utilise des patchs de cellules cardiaques issues de cellules souches embryonnaires humaines pour tenter de traiter des personnes atteintes d’insuffisance cardiaque sévère. Considéré comme un « pionnier »[2], encouragé par l’Agence de Biomédecine, il était présent lors des journées organisées par cette institution[3] censée encadrer les recherches sur l’embryon.

 

Dans le cadre de cet essai, six patients ont reçu un tel patch lors d’une intervention chirurgicale couplée à un traitement classique comme le pontage. « On ne peut rien en tirer », déclare le professeur à propos de ces expériences. Il est en effet impossible de déterminer qui du patch ou du pontage a agi, car tous les patients ont reçu le même traitement. D’autres recherches menées chez l’animal avec des cellules souches embryonnaires humaines ont engagé le professeur Menasché sur une autre voie. Si le patch joue un rôle bénéfique, il agit via des vésicules secrétées par les cellules. L’implantation des cellules cardiaques issues de cellules souches embryonnaires humaines chez le patient ne serait donc plus nécessaire, il suffirait d’injecter ces vésicules. Une perspective qui simplifierait le protocole : les vésicules peuvent être préparées en grande quantité et congelées, et elles ne nécessitent pas d’intervention chirurgicale pour être administrées au patient : une injection sanguine est envisageable.

 

Le problème éthique reste cependant entier si ces vésicules sont obtenues à partir de cellules souches embryonnaires humaines. Mais selon le professeur Menasché lui-même, que les vésicules soient issues de cellules souches embryonnaires humaines ou de cellules souches pluripotentes induites (iPS), l’effet sera le même. Un avis surprenant[4], mais bienvenu.

 

Le professeur Menasché a annoncé qu’il ne réaliserait pas de phase 2 pour son essai clinique en cours. Il se lancera plutôt dans un nouvel essai de phase 1/2, utilisant des vésicules et non plus des cellules. S’obstinera-t-il à détruire des embryons humains, ou choisira-t-il l’alternative éthique ?

 

[1] Il est aujourd’hui le seul chercheur parvenu au stade de l’essai clinique (phase 1), encadré par l’ANSM. Cependant près de 50 projets de recherche fondamentale sur l’embryon humain, autorisés par l’ABM, sont en cours. Un autre essai clinique à base de cellules souches embryonnaires humaines se prépare pour 2018.

[2] Cellules souches embryonnaires humaines : la surenchère médiatique

[3] Les 18 et 19 mai à Paris.

[4] Cellules souches embryonnaires humaines : des alternatives existent mais le professeur Menasché s’entête