Région Île-de-France et avortement : le malentendu


Sur la question de l’avortement en Île-de-France, si une petite part des financements sert à soutenir les opérations d’accompagnement de femmes souhaitant garder leur bébé (cf. La région Ile-de-France publie les chiffres de l'avortement), elle est  battue en brèche tant en terme de fonds, d’actions, que de discours. Preuve en est cette prise de position actée à l’occasion de la séance plénière du Conseil de Région du 22 novembre dernier.

 

Reprenant à son actif un vœu émis par le Groupe RCDEC[1] concernant l’éducation affective et sexuelle, la Présidente de la Région Île-de-France tout d’abord se félicite notamment, au nom du droit des femmes à disposer de leur corps, de toutes les actions entreprises de l’Ipass contraception « désormais présent sur tous les supports numériques offerts par la région aux lycéens ». Elle se flatte de l’augmentation des financements « investissement et fonctionnement » des centres IVG dont la Région se félicite qu’ils soit passé de 95K€ à 360K€ entre 2015 et 2018 (cf. Avec l'iPass contraception, un accès encore facilité à la contraception ?) ! Auxquels il faut ajouter un budget « croissant » pour des « actions de sensibilisation, d’information et de prévention sur la sexualité/contraception/IVG ».

 

Avant d’aller plus loin, sans doute serait-il bon de rappeler que, l’enfant à naître est une personne à part entière, avec un ADN distinct de celui de sa mère et qui, si rien ne vient interrompre sa croissance, viendra au monde comme membre de l’espèce humaine.

 

Lors de la discussion, la représentante du groupe Alternative Ecologique et sociale (AES) a plaidé pour que « 100% des femmes qui le souhaitent puissent mettre un terme à leur grossesse non désirée ». Un non-sens pour une élue issue de l’écologie tant l’avortement et la contraception : pilules, patch, implants… sont un non-respect parfait du corps des femmes. Par ailleurs, est-ce que 100% des femmes qui le souhaitent pourront mener à terme leur grossesse sans être influencées, harcelées, condamnées, contraintes par leur situation économique, affective… ? Dans quel autre domaine est-on susceptible de poser de telles exigences ? La représentante du groupe MoDem, remarque que « le Mouvement Français pour le Planning familial figure parmi les acteurs les plus soutenus par la Région dans le secteur de la santé. Ce soutien se chiffre à plus de 80 000 euros, soit 4 fois plus que ce que peuvent recevoir en moyenne les autres associations de la part de la Région ». Mais hélas, ça n’est pas pour le regretter… Pourtant, l’avortement est loin d’être la cause la plus nécessaire aux Franciliens.

 

Alors qu’envisage la Région pour l’année à venir ? Tout d’abord, « poursuivre et renforcer ses dispositifs d’information en faveur de la prévention et l’éducation affective et sexuelle auprès des jeunes et notamment des lycéens ». Mais en cette matière, et notamment depuis la loi Veil, le Mouvement Français du Planning Familial est l’acteur largement majoritaire, l’intervenant privilégié dont l’engagement  en matière d’avortement est sans faille. Quelle liberté sera laissée aux jeunes de garder leur enfant ? Est-ce que cette option sera seulement proposée comme une alternative réelle faisant état des aides possibles pour la femme ou le jeune couple ? Cette information privilégie-t-elle la responsabilité des deux partenaires dans l’acte sexuel, plutôt que la gestion des conséquences dont on n’a pas mesuré l’impact ? La précarité de la situation sera-t-elle le seul angle pour mesurer l’avenir d’un bébé à naître (cf. Précarité, situation familiale, contraception... les facteurs de risque de l'avortement ) ?

 

La Région propose de soutenir les actions du Mouvement Français du Planning familial, mais n’y a-t-il aucune autre association susceptible d’intervenir pour proposer un autre approche aux jeunes, simplement au non d’une pluralité de points de vue ? Elle déclare vouloir s’engager dans un partenariat avec la Maternité des Lilas, (cf. L’emblématique maternité des Lilas obtient l’accord du ministère de la santé pour sa reconstruction) très investie dans sa mission orthogénique « dans un territoire d’action prioritaire ». Dans ce type de territoires, l’avortement est-il la seule façon de permettre aux femmes de sortir du cercle de la précarité, des abus, de la violence alors même que les témoignages des femmes elles-mêmes montrent à quel point cet acte peut les affecter durablement, profondément (cf. Arte donne la parole à des femmes qui ont eu recours à l'avortement) ? Que serait une véritable prévention sinon une éducation au respect de l’autre, à la dignité de l’acte sexuel et à la responsabilité ?

 

Ce vœu a été adopté en séance du 22 novembre 2019 du Conseil Régional d'Ile-de-France.

 

Pour aller plus loin :

Avortement en Île-de-France : envers et contre tout

L’obligation des Etats de prévenir le recours à l’avortement



[1] Groupe Radical, Citoyen, Démocrate, Ecologiste et Centriste au Conseil régional d’Île de France.