Seulement deux tiers des erreurs évitées par les dossiers médicaux électroniques



D’après une étude américaine menée par des chercheurs de l’Université de l’Utah, de Harvard et du Brigham and Women's Hospital de Boston, près d’un tiers des interactions médicamenteuses potentiellement dangereuses ou des autres erreurs de prescription ne sont pas détectées par les dossiers médicaux électroniques. En particulier, « lors de tests utilisant des dossiers médicaux simulés, les chercheurs ont constaté que les systèmes ne parvenaient pas à détecter les erreurs susceptibles de blesser ou de tuer des patients ». « Presque tous les scénarios étaient basés sur des événements indésirables authentiques liés aux médicaments qui ont causé des dommages ou des décès dans le monde réel. » Les résultats de l’étude ont été publiés dans JAMA Network Open[1].

 

Alors que les dossiers médicaux électroniques « sont censés garantir une utilisation sûre des médicaments dans les hôpitaux », « ce n'est pas ce qui se passe », affirme le Dr David C. Classen, professeur de médecine interne de l'Université de l’Utah et auteur de l'étude. « Dans n'importe quel autre secteur, un tel degré de défaillance des logiciels ne serait pas toléré, juge-t-il. Vous ne monteriez jamais dans un avion, par exemple, si une compagnie aérienne pouvait seulement vous promettre qu'elle pourrait vous amener à votre destination en toute sécurité les deux tiers du temps. »

 

Déployés « pour la première fois dans les années 1960 », les dossiers médicaux électroniques ont remplacé les dossiers médicaux écrits et les systèmes de classement manuels. Au début du XXIe siècle, « ils ont été adoptés presque universellement » « après qu'un rapport de l'Institute of Medicine a révélé que les erreurs médicales étaient à l'origine d'un million de lésions chez les patients hospitalisés et de 98 000 décès par an ».

 

Des problèmes de sécurité des traitements étant « la cause la plus fréquente des dommages évitables » d’après le rapport, les professionnels de la santé « espéraient que l'utilisation généralisée des dossiers médicaux électroniques permettrait de réduire ce problème ». Les systèmes sont en effet conçus « pour avertir les médecins si leurs ordonnances de médicaments risquent d'entraîner des réactions allergiques, des interactions médicamenteuses indésirables, des doses excessives ou d'autres effets potentiellement nocifs ».

 

« Effectués sur une période de 10 ans, de 2009 à 2018 », les chercheurs ont constaté qu'en 2009, les systèmes de 2 314 hôpitaux aux Etats-Unis n'ont correctement émis des avertissements ou des alertes « que dans 54 % des cas ». En 2018, 66 % des erreurs ont pu être détectées. Et pour le Dr Classen, « les véritables performances des hôpitaux américains en matière de sécurité pourraient même être pires que ce que l'étude a constaté » car les hôpitaux ayant participé à l’étude l’ont fait de façon volontaire.

 

 

Pour aller plus loin :

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[1] "National Trends in the Safety Performance of Electronic Health Record Systems from 2009 to 2018," JAMA Network Open (2020).


Sources: 

Medical Xpress, University of Utah Health Science (29/05/2020)