Télémédecine et pédiatrie: des erreurs de diagnostics et de prescriptions



Les infections ORL des enfants sont moins bien soignées en cas de téléconsultation. Une nouvelle étude américaine vient de montrer que, dans le cas des enfants, les consultations de télémédecine mènent à un excès de prescriptions d’antibiotiques, ainsi qu’à des prescriptions d’antibiotiques mal choisis. « Parfois, les enfants dont le diagnostic ne méritait pas d'antibiotiques, comme le rhume, recevaient encore des antibiotiques. D’autres fois, les enfants chez qui des diagnostics pouvaient nécessiter des antibiotiques - diagnostics comme des infections de l’oreille, des sinus et de la gorge - ont reçu un antibiotique qui n’était pas celui préconisé par les recommandations » explique le Dr Kristin Ray, pédiatre à l’Hôpital pour Enfants de Pittsburgh, aux Etats-Unis, auteur principal de l’étude.

 

D’après cette pédiatre, les erreurs sont probablement liées au fait que les enfants savent moins bien expliquer que les adultes, rendant l’examen physique d’autant plus important : « pour les enfants atteints d'infections respiratoires aiguës, l'examen physique permet de distinguer les infections de l'oreille, de la gorge et des sinus des infections virales comme le rhume ». Et le Dr Albert Wu, professeur à la à la Johns Hopkins Bloomberg School d’ajouter : « je pense que c'est un exemple clair de cas où la télémédecine directe avec le patient a entraîné une dégradation des soins pour (certains) de ces enfants. Malheureusement, même si la télémédecine semble attrayante, le service rendu ici n’est pas en mesure de fournir une précision équivalente de diagnostic avec celle d’une visite chez un généraliste, où le médecin peut regarder l’oreille de l’enfant. »

 

Pour réaliser son étude, l’équipe du Dr Ray a consulté une base de données nationale concernant plus de 4 millions d’enfants américains et comparé les prescriptions d’antibiotiques pour infections ORL aigues en cas de consultation de médecin classique (485 201 cas), de consultation aux urgences (38 408 cas), et de téléconsultations (4 604 cas). Les chiffres ont montré qu’une prescription d’antibiotiques avait été faite à 31 % des enfants dans le premier cas, 42 % dans le second cas et 52 % lors des téléconsultations. Les chercheurs ont également remarqué que les antibiotiques prescrits lors de téléconsultations étaient « moins susceptibles d'être conformes aux directives cliniques que ceux prescrits par les médecins » généralistes et urgentistes.

 

« En tant que parent, je comprends le désir de recevoir des soins pratiques et rapides lorsqu'un enfant est malade, conclut le Dr Ray, mais il est important de veiller à ce que les enfants continuent également à recevoir des soins de haute qualité. »

 

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Sources: 

Reuters, Linda Carroll (09/04/2019)

Photo  : Pixabay/DR