Traçage à Singapour : du volontariat à la surveillance de masse



Avec le lancement le 20 mars son application, « Singapour est l’un des premiers, si ce n’est le premier Etat – Chine mise à part – à lancer un programme de traçage du virus », TraceTogether. Ce qui lui a valu d’« être loué pour sa rapidité ». Ce programme, « développé par l’Etat » et proposé « de manière volontaire et anonyme », utilise la technologie Bluetooth. Elle doit permettre de « détecter si deux individus sont restés à proximité l’un de l’autre durant plus de quinze minutes ». Environ « 20% des 5,6 millions » de Singapouriens ont téléchargé l’application, c’est-à-dire bien moins « des 60% espérés », le « taux jugé par de nombreux scientifiques comme nécessaire pour endiguer la propagation du virus ».

 

Face à l’augmentation des nouveaux cas de Covid-19 malgré la mise en place de l’application - « Singapour découvre aussi que de nombreuses personnes âgées n’ont pas de smartphone ou ne savent pas télécharger une application » - « la foi absolue dans la technologie s’ébranle ». « Si vous me demandez si un système de traçage des contacts via Bluetooth […] est prêt à remplacer la recherche manuelle des contacts, je vous répondrai sans réserve que non », déclarait le 11 avril Jason Bay, directeur des services numériques gouvernementaux de Singapour.

 

Pourtant, le 21 avril, le premier ministre, Lee Hsien Loong, persiste et met fin à la phase de volontariat : « Nous devons utiliser pleinement la technologie pour retracer le parcours des personnes infectées par le virus ». Il devient obligatoire de « s’enregistrer lorsque l’on pénètre dans un bâtiment public, via le système SafeEntry ». « Depuis le 23 avril, les Singapouriens doivent scanner, avec leur smartphone, un code QR lorsqu’ils entrent et qu’ils sortent d’un tel bâtiment. » Une obligation étendue à partir du 12 mai « aux centres commerciaux et aux entreprises ». « Et le gouvernement veut aussi que les gares et les parcs soient équipés de tels lecteurs de codes QR. » Ainsi, le système central disposera des « coordonnées complètes – du nom au numéro de téléphone », des habitants fréquentant ces lieux.

 

 

Pour aller plus loin :

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Sources: 

Le Temps, Anouch Seydtaghia (06/05/2020)