Un implant rétinien pour restaurer la vue des malvoyants atteints de DMLA



La société française Pixium Vision vient de présenter les premiers résultats de son nouvel implant rétinien. Cet implant, nommé Prima, a été glissé sous la rétine de cinq premiers patients entre décembre 2017 et juin 2018. Les résultats intermédiaires de l’essai ont été présentés à Chicago fin octobre lors du congrès de l’American Academy of Ophthalmology (AAO).

 

Cet implant rétinien innovant prend la suite d’Iris II[1] (développé aussi par Pixium Vision), d’Argus II[2] (américain) et d’Alpha IMS (allemand), qui utilisaient tous des réseaux de fils implantés dans l’œil. Mais entre les pannes récurrentes, les problèmes d’étanchéité des fils et la résolution de la vision parfois « grossière », ces dispositifs ont été jugés insuffisants. Prima est une technologie sans fil, qui obéit à « une philosophie radicalement différente ».

 

Dans un œil qui fonctionne bien, la rétine est tapissée de cellules photoréceptrices qui captent le signal lumineux et le convertissent en signal électrochimique. Ce signal est ensuite « transformé en influx nerveux et véhiculé, par le nerf optique, jusqu’au cortex visuel (à l’arrière du cerveau), qui la transforme en images ». Chez les patients atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), une maladie dégénérative de la rétine, ce sont les photorécepteurs de la zone centrale de la rétine, ou macula, qui cessent progressivement de fonctionner, empêchant la vision centrale à l’origine de la lecture ou de la reconnaissance des visages. C’est la première cause de malvoyance sévère et cécité en Amérique du Nord et en Europe chez les plus de 65 ans.

 

L’implant Prima est un petit losange de 2 mm de côté et 30 µm d’épaisseur soit trois fois moins épais qu’un cheveu, équipé de 378 électrodes, qui fonctionne comme un mini panneau solaire. « Le système comporte trois éléments : un implant sous-rétinien sans fil ; une paire de lunettes équipée d’une mini-caméra et d’un mini-projecteur ; et un ordinateur de poche. La caméra miniaturisée (montée sur les lunettes) enregistre une scène, qui est ensuite analysée par un algorithme dans l’ordinateur de poche. Celui-ci reconstitue des images simplifiées et utiles (mouvements, lettres…), qui sont alors envoyées vers un mini-projecteur (incorporé dans les lunettes). Celui-ci les renvoie, par des impulsions infrarouges, sur la puce Prima implantée sous la rétine ». L’utilisation de l’infrarouge permet de ne pas éblouir les photorécepteurs encore fonctionnels tout en envoyant un signal lumineux important, facilitant ainsi l’activation de la puce. Le fonctionnement des neurones en aval reste inchangé.

 

Les résultats de l’essai ont été présentés à Chicago par Yannick Le Mer, chirurgien à la Fondation Rothschild, et par José-Alain Sahel, ophtalmologue et directeur de l’Institut de la vision à Paris, chef du service de la Fondation Rothschild et de l’hôpital des Quinze-Vingts, où la rééducation des patients a été menée. Leur premier bilan estime que non seulement « la vision résiduelle périphérique des cinq patients n’a pas baissé », mais « l’implant a restitué une perception visuelle chez tous les patients implantés ». De plus la résolution visuelle atteinte est « la plus élevée jamais observée avec un implant rétinien ».

 


[1] La commercialisation d'un œil bionique autorisée dans l'Union Européenne

[2] Une aveugle recouvre la vue grâce au premier œil bionique belge