Un patient guéri du VIH grâce à une greffe de cellules souches adultes



Adam Castillejo, un patient de 40 ans atteint du VIH, est désormais guéri après avoir bénéficié d'une greffe de cellules souches. Le « patient de Londres » est « le deuxième au monde à se remettre de cette maladie » selon ses médecins. Bien qu’ayant arrêté les traitements antirétroviraux, il « n'a manifesté aucun signe du virus depuis 30 mois » comme l’indiquent les résultats publiés dans la revue The Lancet HIV[1]. Le traitement suivi : « une greffe de moelle osseuse pour traiter un cancer du sang », un lymphome de Hodgkin diagnostiqué en 2012. « Après l'échec de la chimiothérapie et des tentatives de greffe de ses propres cellules souches », la greffe de cellules souches qu’il reçoit en 2016 provient d'un donneur « porteur d'une mutation génétique rare présente chez moins d'un pour cent des Européens, qui empêche le VIH de pénétrer dans les cellules touchées par l'intermédiaire du récepteur CCR5 ».

 

En mars 2019, cet homme, « diagnostiqué séropositif en 2003 », n’avait « montré aucun signe d'atteinte du virus depuis 18 mois ». Le signe d’une « rémission »[2] pour le professeur Ravindra Gupta, de l'université de Cambridge, qui se refusait alors à parler de guérison pour le moment. Aujourd’hui, il affirme avoir « testé un nombre assez considérable de lieux où le virus aime se cacher et pratiquement tout était négatif, hormis quelques restes "fossiles" de virus non actif », se réjouissant « c'est difficile d'imaginer que toute trace d'un virus qui infecte des milliards de cellules a été éliminée ».

 

« Le "patient de Berlin", l'Américain Timothy Ray Brown » avait été « considéré guéri en 2011 » après un traitement similaire à celui reçu par le "patient de Londres". Pour les chercheurs, le « succès de la transplantation de cellules souches comme traitement du VIH, pour la première fois rapportée il y a 9 ans pour le patient de Berlin, peut être reproduit ». « D'autres patients ont bénéficié d'un traitement similaire, mais aucun n'est aussi loin dans la rémission », indique le Pr Gupta. Une procédure « très lourde et risquée, cependant, posant des questions "éthiques" » qui « n'est pas une solution pour les millions de personnes qui vivent avec la maladie dans le monde ». Le professeur explique : « Il faut mettre en balance le taux de mortalité de 10% pour une transplantation de cellules souches et le risque de mort si on ne fait rien ».

 

Mais d'autres scientifiques restent très prudents. Comme Sharon Lewin, de l'université de Melbourne, qui s’interroge « Le patient de Londres est-il vraiment guéri ? ». « Les données (...) sont bien entendu excitantes et encourageantes, mais au final, seul le temps nous le dira » juge-t-elle, « estimant qu'il faudrait "plus qu'une poignée de patients guéris du VIH" pour évaluer la "probabilité d'une reprise tardive et inattendue d'une réplication du virus" ». Selon Sharon Lewin, « guérir les personnes atteintes du VIH par une greffe de moelle osseuse n'est tout simplement pas une option viable à quelque échelle que ce soit », ré-affirmant « l'importance de la prévention, du dépistage précoce et de l'observance du traitement ».

 

A l’heure actuelle, « près de 38 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde », et seulement « 62% d’entre elles bénéficient d'une trithérapie ». En 2018, « près de 800.000 personnes sont mortes d'affections liées au VIH ». Et « l'apparition de formes de VIH résistantes aux médicaments représente aussi une préoccupation croissante ».

 

 

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[1] Evidence for HIV-1 cure after CCR5Δ32/Δ32 allogeneic haemopoietic stem-cell transplantation 30 months post analytical treatment interruption: a case report

[2] Publiée dans le journal Nature HIV-1 remission following CCR5Δ32/Δ32 haematopoietic stem-cell transplantation


Sources: 

AFP (10/03/2020) – BioNews, Jennifer Frosch (16/03/2020)