Une française de 74 ans annonce avoir planifié sa mort, des médecins dénoncent "une inquiétante mise en scène du suicide"



Alors qu’une française de 74 ans, en bonne santé, a annoncé publiquement avoir planifié sa mort, les médecins Mélina Andronicos et Laurent Michaud, membres du Groupe romand de prévention du suicide, s’inquiètent : « En tant qu’acteurs en prévention du suicide, [cette annonce] nous a questionnés et inquiétés. (…) Nous sommes préoccupés des effets possibles d’une telle approche de ce sujet complexe auprès du public et, pour ce cas particulier, auprès des personnes âgées et, ou, atteintes de maladies ».

 

Les médecins rappellent que mettre fin à ses jours est surtout un moyen de se soustraire à une souffrance intolérable. Selon eux, cette souffrance peut avoir des causes variées mais, dans l’immense majorité des cas, elle découle d’un trouble de santé mentale, généralement accessible aux soins. Ils regrettent que la personne interrogée, Jacqueline Jencquel, ait « une vision pessimiste de l’âge avancé et médiatise le suicide comme un choix ‘facile’, ‘acceptable’, ‘hygiénique’ et ‘salutogène’ pour la société, permettant de fuir la vieillesse, la maladie ou même l’ennui (absence d’émotion) ». De plus, elle avance «qu’un suicide coûte moins cher qu’une place en EMS ou qu’une chimiothérapie». Les médecins s’interrogent devant les implications dramatiques d’une telle affirmation dans la presse : « Quel est le prix d’une relation d’une petite-fille ou d’un petit-fils avec sa grand-mère ou son grand-père? Quel est le prix de la vie d’une personne ayant survécu à son cancer? Evoquer ainsi cette question du ‘prix’ nous semble particulièrement délétère, tant il est vrai que les considérations économiques peuvent contribuer à ce que les personnes âgées ou malades se sentent un fardeau pour la société ».

 

Les médecins rappellent à cette occasion quel devrait être le traitement médiatique de cette question : « Dans l’approche proposée ici, nous craignons que journal et lecteurs ne cautionnent involontairement le suicide dans une fonction de délivrance face à l’ennui et ne le réduisent à la simple expression d’une liberté individuelle ».

 

Ils insistent sur le devoir d’information des médias et sur l’importance de leurs choix rédactionnels, et les incitent à traiter ces sujets en donnant la parole à des personnes ayant surmonté le suicide ou s’engageant en faveur de la prévention. « Nous déplorons par ailleurs les indications concrètes relatives à la manière de se suicider, qui peuvent entraîner un phénomène d’imitation (effet Werther). Du fait de leur souffrance psychique intense, les personnes suicidaires sont particulièrement vulnérables et réceptives à ce phénomène ».