Vers l’autorisation d’un nouveau diagnostic pour améliorer le taux de succès des FIV en éliminant les « embryons mal fichus » ?



« Faut-il trier les embryons ?», s’interrogent le JDD de ce dimanche. En question, la technique de dépistage chromosomique appelé PGS (Preimplantation Genetic Screening), un « outil » qui permettrait d’« améliorer le taux de succès des fécondations in vitro » en « éliminant les embryons ‘mal fichus’ » selon le Professeur René Frydman.

 

Le PGS, utilisé depuis une vingtaine d’année ailleurs en Europe[1] et aux Etats Unis, est interdit en France. Une récente étude « montre que son utilisation chez les femmes de plus de 35 ans ayant des difficultés à concevoir fait notamment diminuer le nombre de fausses couches et augmente celui des naissances »[2]. Une biopsie de cinq à dix cellules est réalisée sur l’embryon au troisième ou au cinquième jour après la fécondation in vitro, « grâce à un laser chauffant ». « Il s’agit d’une micromanipulation assez simple (…) sans danger pour l’embryon », assure le Pr Samir Hamamah. Le prélèvement est ensuite analysé par un généticien « à l’aide d’une puce que les spécialistes appellent ‘CGH Array’ » ; « ses résultats permettent à l’équipe médicale de sélectionner les embryons dépourvus d’anomalies chromosomiques, qui seuls seront implantés ». Le Dr André Guérin, qui pratique le PGS dans une clinique du réseau IVI à Barcelone, « se défend de toute dérive eugénique », expliquant : « C’est mon rôle de médecin de chercher à éviter des fausses couches ou des avortements thérapeutiques ».

 

Les Pr René Frydman et Samir Hamamah expriment leur « colère » et accusent « la France à la traîne » avec « une législation rétrograde ». Jean Yves Nau note qu’il n’est pas question pour l’heure de « pratiquer la vente forcée du dépistage chromosomique à chaque FIV comme cela est souvent le cas aux Etats Unis ». Mais quelle réponse apporteront « Marisol Touraine, le Comité National d’éthique, l’Agence de Biomédecine, la Haute Autorité de Santé, l’Académie de médecine, le Collège national des gynécologues obstétricien » ?

 

Note Gènéthique :

La question de l’élargissement du DPI au dépistage chromosomique n’est pas nouvelle. Cette dérive a déjà été débattue au moment de la révision de la loi de bioéthique de 2011. A la suite de l’avis 107 du CCNE qui cautionnait l’intégration dans le DPI du dépistage des maladies chromosomiques (trisomie 21…) (cf. Gènéthique vous informe du 1 novembre 2009) , la mission d’information parlementaire de la loi bioéthique de 2011 avait préconisé d’intégrer dans la loi le dépistage de la trisomie 21 dans le DPI (cf. Gènéthique vous informe du 20 janvier 2010). Une volonté qui avait finalement été rejetée de peu pour éviter la stigmatisation des personnes trisomiques 21, et pour ne pas étendre systématiquement ce dépistage à toutes les PMA, ainsi qu’à d’autres pathologies.

 

[1] Le PGS est notamment pratiqué dans le réseau de clinique IVI qui « accueille en Espagne de nombreuses françaises ».

[2] Le Pr Peter Braude du King’s College a pourtant démontré au sommet de Washington l’inutilité d’un tel diagnostic (https://twitter.com/barroisal/status/676091607482048512).

 


Sources: 

Jean Yves Nau (13/12/2015); JDD (13/12/2015); Albert barrois (13/12/2015)