"Vers une humanité augmentée ?", le débat transhumaniste relancé avec Jean-Marie Le Méné et Fabrice Hadjadj


Dans le cadre des manifestations qui ont jalonné les 20 ans de la Fondation Jérôme Lejeune, Jean-Marie Le Méné, son président et Fabrice Hadjaj, philosophe et écrivain, débattaient, le 22 mai, à Neuilly, autour de la question : « Quelle place pour l’homme 'diminué' dans une humanité 'augmentée' ? » Pistes de réflexion.

 

« Quand on parle de transhumanisme, on nous promet monts et merveilles, on nous présente des gadgets qui donnent  le frisson, mais le plus dangereux, ce sont ses racines anthropologiques sous-jacentes », prévenait Jean-Marie Le Méné d'entrée de jeu. De quoi s'agit-il ? Grâce à la génétique, à l'informatique, à la technique, aujourd'hui, « on peut faire l'homme, le défaire, le refaire, le parfaire. On le répare, on le modifie, on l'augmente » précisait-il, comme si la liberté de l'homme pouvait s'étendre à l'infini, et transformer son corps, sans dangers ni obstacles, au fur et à mesure des progrès de la technologie, au risque de dénaturer l'homme.

 

Une question au cœur des préoccupations de la Fondation Jérôme Lejeune, soucieuse de maintenir le cap dans la tempête médiatique qui régulièrement, porte des « affaires » sur le devant de la scène, pour mieux faire valoir « l'homme augmenté ». Et Jean-Marie Le Méné de rappeler  l'affaire Perruche, en l'an 2000, afférente au « préjudice d'être né » porteur d'un handicap : « Ce fut un Hiroshima génétique, on était déjà dans le transhumanisme ». Tout récemment, « c'était l'interdiction de mettre en ligne un clip montrant des enfants trisomiques, heureux de vivre, et actuellement c'est le cas de Vincent Lambert, « en état de conscience minimale », qui a déjà subi deux euthanasies et que personne ne peut visiter sans montrer sa carte d'identité ».  A chaque fois, c'est le même scénario : « Ceux qui veulent rester humains sont mis au banc des accusés. Ils doivent fournir des preuves pour se justifier et défendre la vie ».

 

Une situation inédite qui pose de nouvelles questions et concerne tout le monde. « Autrefois, on ne se demandait pas si l'enfant devait naître d'un homme et d'une femme. Pour mourir, on n'avait pas à choisir entre plusieurs cas de figure. Ce qui était hier une nécessité devient aujourd'hui une option. La morale traditionnelle n'y a pas réfléchi, et l'apparition du gender n'est que l'aboutissement de la philosophie occidentale influente », relevait Fabrice Hadjaj, faisant allusion à une anthropologie individualiste et dualiste, « de type spiritualiste, transcendantale, qui a mis la sexualité de côté ».

 

Une prise de conscience qui voudrait « prévenir une catastrophe totale. Car le transhumanisme est autodestructeur ! », expliquait le philosophe. « Si vous faites des hommes augmentés, ce sera à partir de la dernière découverte, qui sera bientôt dépassée par une autre, laquelle rendra obsolète la précédente. Par ailleurs, si vous voulez l'immortalité, c'est dans quel but ? Il n'y a pas plus suicidaire qu'un immortel, il finira pas se tirer une balle dans la tête. Enfin, pour fabriquer l'homme augmenté, on attend le meilleur moment, on cherche le meilleur calibre.. La pensée transhumaniste produit un suicide démographique », à l'encontre des promesses paradisiaques qu'elle prétend offrir, ou plutôt fournir.

 

Car l'homme moderne est une proie facile, sous la séduction des biens de consommation qui réalisent ses rêves : « Une vie sans tragique ni transcendance », sans souffrances ni renoncements, au profit d'empires industriels et financiers qui l'asservissent en assouvissant ses désirs narcissiques. « Ce qu'on pouvait faire par soi-même (cuisine, couture, culture, etc.) est préempté par un dispositif industriel qui nous dépossède progressivement, au point d'en arriver à la marchandisation des corps, devenus une nouvelle matière », pointe le philosophe. Est-ce inexorable ?

 

Une lutte frontale serait inefficace. Ce serait la lutte du pot de fer contre le pot de fer. Et surtout, elle esquiverait les vraies questions qui, avant d'être pratiques et tactiques, sont de nature métaphysique - d'où vient la vie, où va la vie ? - et anthropologique - qu'est-ce que l'homme, qu'est-ce que la femme ?

 

Bientôt, « pour donner la vie entre un homme et une femme, il faudra croire que c'est un don de Dieu », soulignait Fabrice Hadaj. « L'homme a été évacué, le rôle de la masculinité a été réglé » déplorait Jean-Marie Le Méné tandis que le philosophe enchaînait : « Nous sommes dans un féminisme de revendication machiste qui aboutit à une dévirilisation de l'homme. Derrière les femmes machistes, il y a des hommes émasculés », avant de conclure : « La clé de résistance, c'est la maternité » dans tout son mystère et sa beauté. Une tâche urgente pour espérer encore.