251 270 IVG en 2024 : une pratique banalisée mais pas anodine
Les chiffres de l’année 2024 sont tombés : on a recensé 251 270 IVG en France en 2024. Les années se suivent et les tendances se ressemblent. Cette fois, la hausse du nombre d’avortements par rapport à l’année précédente est de 3% (cf. France : 243 623 avortements en 2023, un chiffre encore en hausse).
Un taux de recours en hausse
Le taux de recours à l’IVG s’établit 17,3 IVG pour 1000 femmes âgées de 15 à 49 ans. En augmentation en France métropolitaine (16,7‰ contre 16,3‰ en 2023), il est stable mais très élevé dans les départements et régions d’outre-mer (32,2‰ contre 32,3‰ l’année dernière).
Ce taux est en hausse pour toutes les catégories d’âge depuis 2022, mais il est plus fort chez les femmes jeunes avec un taux brut de 28,9 IVG pour 1 000 femmes parmi les 20-24 ans et 29,8 ‰ parmi les 25-29 ans.
Chez les femmes de moins de 20 ans, bien que lui aussi en hausse depuis 2022, il est nettement plus faible qu’il y a 10 ans, « en particulier chez les mineures ». En effet, il était de 11 ‰ en 2008 contre 5,5 ‰ en 2024.
Seulement 2,6 naissances vivantes pour un avortement
Le ratio d’avortement est lui aussi en hausse. Cet indicateur évalue le rapport entre le nombre d’IVG et le nombre de naissances vivantes une année donnée. En 2024, il atteint 0,38. Autrement dit, on ne recense que 2,6 naissances vivantes pour un avortement pratiqué.
L’augmentation de ce ratio est due à la fois à la hausse du nombre d’IVG mais aussi à la diminution de la natalité en France[1].
Des avortements « tardifs » qui n’expliquent pas à eux seuls les chiffres en hausse
En mars 2022, le délai autorisé pour avorter est passé de 14 à 16 semaines d’aménorrhée (SA) (cf. Avortement : Les députés adoptent définitivement la PPL Gaillot). « Les données disponibles indiquent que 3,3 % des IVG réalisées en 2024 en établissement de santé l’ont été pour des grossesses entre 14 et 16 SA. » Ces avortements « tardifs » étaient de 4 500 en 2024. L’augmentation du nombre d’IVG s’élève, elle, à 34 000 par rapport à 2021.
Or avant l’adoption de la loi Gaillot, « 1% des IVG en établissement de santé étaient enregistrées avec un terme supérieur à 14 SA », indique la DREES[2]. « Dans ces conditions, il est difficile d’estimer exactement le nombre d’IVG concernées par l’allongement du délai de recours », conclut-elle.
Le terme des avortements médicamenteux pratiqués en ville, autorisées jusqu’à 9 SA, n’est quant à lui « pas disponible »[3].
21 514 femmes ont avorté plus d’une fois en 12 mois
Le service statistique ministériel note que « certaines femmes effectuent plusieurs IVG une même année pour des grossesses différentes ». Elles étaient 9 581 en 2024, soit 4 % des femmes qui y ont eu recours. « En prenant en compte les IVG réalisées en 2023, 21 514 femmes ayant recouru à l’IVG en 2024 (soit 9,5 %) avaient déjà eu une IVG dans les douze mois précédents », ajoute la Direction.
La DREES précise que « si deux interruptions ont été enregistrées pour une même femme dans un délai inférieur à neuf semaines, une seule IVG (la première) est comptabilisée. En effet, il est improbable qu’une nouvelle grossesse avec réalisation d’une IVG soit survenue dans ce délai, et il s’agit alors de complications, de rétention ou d’échec de la première méthode utilisée, qui nécessite une nouvelle intervention, codée comme une nouvelle IVG. » (cf. IVG en France : au milieu des chiffres, 3,1% de « réinterventions »)
Une pratique qui se répand chez les sages-femmes
En 2024, 80% des avortements étaient médicamenteux. Ils ne représentaient que 31% des IVG en 2000 et 68% en 2019.
Les avortements sont en outre en forte hausse hors établissements de santé[4] où 45% des procédures y sont pratiquées. Et ce sont des sages-femmes qui effectuent plus de la moitié de ces IVG[5] (cf. IVG instrumentales par des sages-femmes : encore une « expérimentation » pérennisée ; IVG : les sages-femmes demandent la réécriture du décret, l’Exécutif obtempère).
Le nombre de sages-femmes ayant pratiqué au moins un avortement dans l’année est passé de 244 en 2018 à 508 en 2020 et 1 442 en 2024. En outre, 6% des professionnels libéraux ont effectué « au moins » 100 IVG en 2024. La moitié sont des sages-femmes.
Une nouvelle proposition de loi relative à l’avortement
Au-delà de la reconnaissance d’une prétendue « liberté », d’un « droit », l’inscription de l’avortement dans la Constitution française le 8 mars 2024 visait-elle aussi à tenter de toujours plus banaliser cet acte ? A voir les chiffres en hausse année après année, on pourrait le penser (cf. De la loi Veil à l’inscription de l’avortement dans la Constitution).
Le 16 septembre, plusieurs députés du groupe Socialistes et apparentés ont déposé une proposition de loi « visant à supprimer le délai de carence applicable aux arrêts maladie consécutifs à une interruption volontaire de grossesse ». Déjà prise en charge en totalité par la solidarité nationale, il s’agit pour ces députés d’élargir aux interruptions volontaires de grossesse une disposition existant en cas de fausse-couche et d’interruption médicale de grossesse[6].
Les députés justifient ainsi leur proposition de loi dans l’exposé des motifs : « lorsqu’un arrêt est médicalement nécessaire – pour des raisons physiques ou psychologiques – mais que l’interruption n’est ni spontanée, ni réalisée pour motif médical, les femmes se voient soumises à l’application de ce délai de carence de trois jours ». « Celui‑ci conduit bien souvent les femmes concernées à ne pas faire valoir ce droit ou à procéder au dépôt de congés payés pour éviter la perte de rémunération dès lors que leur état de santé ne permet pas la reprise du travail. »
Ainsi, une femme ayant avorté peut nécessiter un arrêt de travail « pour des raisons physiques ou psychologiques », car son « état de santé ne permet pas la reprise du travail » ? (cf. IVG : une femme témoigne « ce n’était pas « mon choix », mais « ma peur »»)
Alors que plus de 27% des grossesses ont été interrompues en 2024, ces députés rappellent, malgré eux, qu’avorter n’est pas un acte anodin (cf. « Le deuil caché » : un documentaire pour libérer la parole des femmes ayant vécu une IVG).
[1] La DREES fournit un 3e indicateur : l’indice conjoncturel d’avortement (ICA), également en hausse. Il représente « le nombre moyen théorique d’IVG d’une femme qui aurait, à chaque âge et tout au long de sa vie féconde, une probabilité de réaliser une interruption de grossesse égale au taux de recours observé sur l’ensemble des femmes de l’année ». « Par construction, cet indicateur neutralise l’effet de la déformation de la structure d’âge au fil des ans, qui peut modifier le taux de recours, même en l’absence de changement dans les pratiques », explique la DREES. « Il atteint 0,61 en 2024, en nette hausse depuis 2021, où il était de 0,53. » Ce qui signifie que « si, chaque année et au cours de sa vie féconde, chaque femme recourait au plus une seule fois à l’IVG, 6 femmes sur 10 auraient une IVG au cours de leur vie, avec les conditions actuelles de recours par âge ».
[2] La DREES précise que « des IVG pouvaient déjà être pratiquées à 14 SA + 0 jour (14e semaine révolue), et des erreurs d’enregistrement du terme de la grossesse lors de la saisie expliquent que certaines apparaissaient comme datées de 14 SA ou au-delà avant la loi de 2022 »
[3] La DREES indique que « l’absence d’enregistrement du terme exact de réalisation de l’IVG dans les données de médecine libérale ne permet pas d’évaluer précisément le terme de la grossesse pour ces interruptions, ni l’effet de l’élargissement de 7 SA à 9 SA autorisé en 2020 ».
[4] 10 438 avortements de plus ont été pratiqués par rapport à l’année précédente
[5] Elles ont réalisé 52 % des IVG en ville, contre 22 % pour les médecins généralistes et 26 % pour les gynécologues médicaux et les gynécologues-obstétriciens.
[6] L’exposé des motifs de la proposition de loi indique que « l’article L. 323‑1‑2 du code de la sécurité sociale prévoit déjà la suppression de ce délai de carence pour les arrêts liés à une interruption spontanée de grossesse avant 22 semaines d’aménorrhée (« fausse couche ») ou une interruption de grossesse réalisée pour motif médical ».
L’article 2 du texte propose le financement de la mesure : « La perte de recettes résultant pour les organismes de sécurité sociale de l’application de l’article premier de la présente loi est compensée à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services ».