Accès aux origines : de nombreux embryons sont « régulièrement » détruits, « dans l’indifférence générale »
Alors que la loi prévoyait la destruction des gamètes et embryons « ancien régime » à partir du 31 mars 2025, suite au vote de la loi de bioéthique qui a consacré en 2021 un droit d’accès aux origines pour les enfants nés de PMA avec tiers donneur, le gouvernement a finalement renoncé à la destruction des embryons (cf. Accès aux origines : des milliers d’embryons bientôt détruits ?). Professionnels de santé et associations s’y étaient fermement opposés (cf. Des milliers d’embryons prochainement détruits ? « J’ai l’impression qu’on va tuer les frères et sœurs potentiels de mon bébé »).
« La réalité nous saute brutalement à la figure : on se rend compte que ces embryons font partie de l’espèce humaine », commente Ludovine de la Rochère, présidente du Syndicat de la famille. « Le gouvernement a préféré revenir sur sa décision pour éviter les recours juridiques qui pourraient amener à se poser des questions sur le statut de ces embryons et le respect qui leur est dû », analyse de son côté le président de la Fondation Jérôme Lejeune, Jean-Marie Le Méné.
Le refus de voir les conséquences négatives d’une technique
De nombreux embryons sont conservés en France, et « une grande partie d’entre eux sont régulièrement détruits, dans l’indifférence générale », rappelle-t-il. Si le projet de destruction des embryons « ancien régime » a suscité autant d’indignation de la part des professionnels, c’est aussi en partie en raison de « la convoitise pour la recherche sur les embryons ». « Ceux qui se sont exprimés dans la presse sont ceux que nous croisons souvent lorsque nous faisons des recours sur des autorisations de l’agence de biomédecine à effectuer des expérimentations sur les embryons humains », relève le président de la Fondation Jérôme Lejeune (cf. Recherche sur l’embryon : « ce qui « entrave » certaines recherches, ce sont des interdits légaux »).
Pour le père Brice de Malherbe, co-directeur du département de recherche éthique biomédicale du Collège des Bernardins, si on s’intéresse si peu au fonctionnement des laboratoires de PMA, « c’est sans doute qu’on refuse de voir les conséquences négatives d’une technique qui permet de répondre à la souffrance des gens ». « On abandonne une attitude rationnelle au profit d’une attitude tout à fait affective. » Pourtant « on est subitement choqués de détruire ces embryons parce qu’on sait que ce ne sont pas des choses, même s’ils sont bien souvent réduits à n’être que des matériaux de laboratoire… » (cf. La recherche sur l’embryon en France : 30 ans d’assouplissement législatif)
Source : Valeurs actuelles, Pauline Condomines (11/03/2025) – Photo : iStock