Dépister les maladies et pourquoi pas le QI ? L’eugénisme gagne du terrain
Alors que le diagnostic préimplantatoire se fonde habituellement sur « la distinction entre les caractéristiques médicales et non médicales », une étude menée auprès de plus de 2000 personnes aux États-Unis et en Chine montre une réalité moins tranchée.
« Choisir de ne pas regarder n’est pas la même chose que s’en désintéresser »
Ainsi, au cours d’une procédure de PMA, la plupart des personnes ne semblent pas à l’aise à l’idée de faire tester les embryons pour « détecter » la probabilité d’un faible QI ou un comportement antisocial (cf. Scores de risque polygénique : des résultats « imprécis et incohérents » ; Herasight : une nouvelle start-up pour « trier les embryons en fonction de leur QI »). Elles le sont plus s’il s’agit de dépister une maladie. Or, dans les faits, si elles disposent des informations, elles choisissent « presque aussi souvent » de ne pas implanter un embryon avec une probabilité de faible QI ou de comportement antisocial qu’un embryon présentant un risque augmenté de maladie cardiaque (cf. Scores de risque polygénique : des enfants « conçus pour répondre aux attentes parentales » ?).
Le Dr Edmond Awad qui a dirigé l’étude résume : « les gens hésitent à demander ce genre d’information, mais ils agissent en conséquence une fois qu’ils l’ont en leur possession ». « Choisir de ne pas regarder n’est pas la même chose que s’en désintéresser ». Cette étude a été publiée dans la revue Nature Human Behaviour[1].
Des participants largement favorables au dépistage
L’étude portait sur deux affections : les maladies cardiaques et la déficience visuelle, et deux caractéristiques non médicales : les comportements antisociaux et un faible QI.
Sur1467 Américains, 735 ont été interrogés sur leur volonté de tester les embryons sur les 4 traits. Les personnes étaient davantage favorables au dépistage d’un risque augmenté de maladie cardiaque (79 %), et ce sont les déficiences visuelles qui ont été le plus faiblement plébiscitées (55 %). Une proportion importante souhaitait connaitre les résultats pour un faible QI (65 %) et les comportements antisociaux (58 %). En moyenne, les participants étaient plus enclins à réaliser des tests pour des maladies que pour des caractéristiques non médicales.
Parallèlement, les 732 autres participants à l’étude ont reçu des informations sur les caractéristiques génétiques de paires d’embryons et ont dû choisir entre eux. Un embryon présentant un risque plus élevé que la moyenne de maladie cardiaque avait une probabilité de 40 points inférieure d’être sélectionné qu’un embryon présentant un risque moyen. Pour les comportements antisociaux, la différence était de 36 points, et de 32 points pour un faible QI. En revanche, pour les déficiences visuelles, la différence n’était que de 19 points, alors même qu’il s’agit d’une caractéristique médicale.
Ainsi, les participants à l’étude semblaient fonder davantage leurs décisions sur leur perception de la gravité du trouble, et, dans un deuxième temps seulement, sur l’impact du trouble dans la vie courante. Les résultats de l’étude menée en parallèle en Chine étaient similaires.
« Les gens ne raisonnent pas en termes de catégories lorsqu’ils sont confrontés à un choix »
Le professeur Julian Savulescu, coauteur de l’étude, pointe : « la règlementation dans ce domaine repose sur une catégorisation ». Or, « nos résultats suggèrent que les gens ne raisonnent pas en termes de catégories lorsqu’ils sont confrontés à un choix ». « Si les politiques publiques veulent tenir compte des préoccupations des citoyens, elles devront aborder l’impact d’une condition ou d’une caractéristique sur la vie d’un enfant, et non l’étiquette qui y est apposée », conclut-il.
Les auteurs précisent toutefois que l’étude mesure des comportements déclarés face à des scénarios hypothétiques, et pas des comportements réels en clinique. Ils soulignent également que les caractéristiques comportementales, comme les capacités cognitives, sont « beaucoup plus difficiles à prédire à partir des gènes ». Pourtant, l’étude témoigne que 61 % des personnes seraient favorables aux tests portant sur des caractéristiques non médicales. Ce résultat, plus élevé que dans des études antérieures, pourrait s’expliquer par la formulation des questions. En effet, cette étude portait sur la « prévention » d’un faible QI et de comportements antisociaux, tandis que les travaux précédents concernaient la sélection d’un QI élevé et de comportements prosociaux (cf. Trier les embryons pour réussir à l’université ?).
[1] Awad, E., et al. Public perceptions of polygenic testing and embryo selection for non-medical traits., Nature Human Behaviour (2026). DOI: 10.1038/s41562-026-02562-w
Sources de la synthèse de presse : Medical Xpress, Sadie Harley et Robert Egan (26/08/2026) ; BioNews, Flora Joseph (01/09/2026)