Des chercheurs enregistrent l’implantation d’un embryon humain

Publié le 1 septembre 2025
Des chercheurs enregistrent l’implantation d’un embryon humain
© iStock - andresr

Le processus « en temps réel » de l’implantation d’un embryon humain a été enregistré en 3D pour la première fois par des chercheurs de l’Institute for Bioengineering of Catalonia (IBEC), à Barcelone. Ils ont publié leurs travaux dans la revue Science Advances[1].

Un processus « étonnamment invasif »

« Nous avons observé que les embryons humains s’enfouissent dans l’utérus, exerçant une force considérable au cours du processus, explique le Dr Samuel Ojosnegros, responsable de l’étude. Ces forces sont nécessaires car les embryons doivent être capables d’envahir le tissu utérin et de s’y intégrer complètement. » « Il s’agit d’un processus étonnamment invasif », pointe-t-il[2].

On savait déjà que l’embryon humain libère des enzymes pour « décomposer » le tissu utérin pendant l’implantation. Ces nouvelles images ont révélé que les embryons exercent également une force mécanique, non seulement en adhérant à la surface de l’utérus, mais aussi « en remodelant activement leur environnement » lorsqu’ils pénètrent dans les couches plus profondes de l’utérus pour se connecter aux vaisseaux sanguins maternels.

Lors des expériences menées par les chercheurs, les embryons de souris n’envahissaient le gel que « superficiellement », adhérant à la surface tandis que l’utérus s’adaptait et se repliait autour d’eux. En revanche, les embryons humains « s’intégraient complètement » dans le gel, pénétrant entièrement le tissu utérin avant de « se développer de l’intérieur vers l’extérieur ».

L’embryon, un animal de laboratoire ?

Derrière l’argument que « l’échec de l’implantation est une cause majeure d’infertilité » pour justifier leurs travaux, les scientifiques ont mis au point un dispositif pour « simuler l’implantation hors du corps ».

Ils ont fabriqué un « modèle artificiel de la muqueuse utérine » à partir d’un gel riche en collagène, ainsi que d’autres protéines nécessaires au développement de l’embryon. La société Dexeus Fertility était chargée de « sélectionner les embryons humains donnés à la recherche »[3] que les chercheurs ont placés « près du gel ». Ils ont ensuite utilisé un microscope pour capturer une image toutes les 20 minutes pendant 16 à 24 heures.

Bien que la plateforme actuelle ne puisse « pas encore » simuler la réponse du tissu utérin aux forces exercées par l’embryon, sa composition peut être ajustée, par exemple en ajoutant certains composés, afin d’étudier la façon dont les embryons humains réagiraient à différents environnements. Les scientifiques entendent ainsi « explorer les raisons pour lesquelles certains embryons sains ne parviennent pas à se fixer à l’utérus, ou suivre le processus d’implantation sur des périodes plus longues ».

« L’embryon entre nos mains est passé, sournoisement, mais sûrement, de sujet à objet », dénonce Blanche Streb, directrice de la formation de l’association Alliance Vita (cf. Le zygote « n’est pas un projet parental, il est un projet de lui-même »). Derrière leurs microscopes, les chercheurs auraient-ils oublié qu’ils ont, eux aussi, été des embryons ?

[1] Amélie Luise Godeau et al. Traction force and mechanosensitivity mediate species-specific implantation patterns in human and mouse embryos. Sci. Adv.11,eadr5199(2025). DOI:10.1126/sciadv.adr5199

[2] IBEC, Human embryo implantation recorded in real time for the first time (15/08/2025)

[3] Des embryons « surnuméraires » obtenus dans le cadre de parcours de PMA qui seront in fine détruits