En 2023, 4% des enfants nés en France ont été conçus par PMA
Le rapport médical et scientifique de la procréation et de la génétique humaines a été publié. Il présente les données de l’« activité » d’assistance médicale à la procréation (AMP) pour l’année 2023. « Cette présentation de l’activité nationale permet d’ouvrir des pistes de réflexion et d’analyses complémentaires », indique l’Agence de la biomédecine (ABM).
La légalisation de la « PMA pour toutes » en 2021 a conduit à l’abandon de tout critère médical. « L’AMP est destinée à répondre à un projet parental », résume l’ABM.
Une « activité » toujours en croissance
Tirée par la demande des « nouveaux publics », le « volume d’activité d’AMP » a augmenté en 2023 : 164 670 « tentatives d’AMP » ont été réalisées[1], ce qui représente une hausse de 3,1% par rapport à l’année précédente.
Ces « tentatives » ont conduit à la naissance de 28 440 enfants. 12,4% d’entre eux sont issus d’un don (cf. « L’AMP avec tiers donneur n’est pas quelque chose d’anodin » ni pour les receveurs, ni pour le donneur). Ainsi, environ un enfant sur 24 a été conçu par procréation médicalement assistée en 2023 (environ 4% des naissances[2]). Une proportion qui « poursuit depuis plusieurs année sa progression », pointe le rapport de l’Agence de la biomédecine.
Une fertilité « plus altérée » chez les candidates à la « PMA pour toutes » ?
Toujours suite à la mise en œuvre de la « PMA pour toutes », le nombre de demandes de prise en charge en AMP avec spermatozoïdes de donneurs est passée de 9 979 demandes en 2022 à 11 547 en 2023, soit une augmentation de 15,7 %. Au total, 80% des inséminations et 69% des fécondations in vitro avec un recours au don de spermatozoïdes ont concerné des femmes seules ou des couples de femmes. Avec des « délais de prise en charge qui ne cessent de croitre » (cf. « Le don de produits du corps humain » : une audition de l’OPECST pour promouvoir. Et interroger ?).
« Il est à noter que les résultats pour les âges inférieurs à 34 ans montrent de moins bons taux d’accouchement en 2023 par rapport à 2022 et 2021 », souligne l’ABM. Ce qui laisse supposer que « la fertilité des couples de femmes ou des femmes seules pourrait être plus altérée (…) que celle des couples hommes-femmes antérieurement pris en charge, expliquant leurs moindres chances de procréer en AMP à âge équivalent ». Pour l’Agence, « ce point est à investiguer pour en identifier les explications ».
Une technicisation de la procréation qui n’est pas interrogée
En 2023, les inséminations intra-utérines (IIU) ont représenté 28% de l’ensemble des tentatives et 21,1% des naissances, avec un recours à des spermatozoïdes de donneurs dans 23% des cas. Ce taux est logiquement en nette hausse (+ 12 points par rapport à 2022, + 18 points par rapport à 2021). En effet, les couples de femmes et les femmes seules « débutent majoritairement leur parcours par des cycles d’inséminations », explique l’ABM. La technique est moins lourde. Et moins chère.
Toujours en 2023, 32 975 transferts d’embryons « frais » ont été réalisés, ce qui représente 38% des actes de transfert embryonnaire. Au total, 30,8% des enfants issus d’une AMP effectuée en 2023 sont nés de cette technique. Près de la moitié des nouveau-nés après une PMA sont eux issus d’embryons congelés (48,1%).
L’« accueil » d’embryon reste marginal : seuls 21 enfants sont nés ainsi en 2023 (cf. Etats-Unis : naissance d’un bébé issu d’un embryon congelé en 1994).
Face à cette technicisation de la procréation, les « pistes de réflexion » et « analyses complémentaires » ne portent que sur l’amélioration, l’optimisation, des procédures. Or « la désexualisation de l’origine opérée par la FIV a évidemment un autre écho que le simple contournement des stérilités tubaires, analyse la psychanalyste Monette Vacquin dans son dernier ouvrage, Le plan hors sexe[3]. Ce n’est rien moins que l’alliance des sexes dans la parentalité qui se trouve « descelléee ». »
[1] Ce chiffre regroupe les inséminations intra-utérines (IIU), les fécondations in vitro (FIV) avec ou sans micro-injection (ICSI) et les décongélations d’embryons congelés avec gamètes et embryons issus ou non d’un don de gamètes ou d’un accueil d’embryons
[2] En 2023, selon les données de l’INSEE, 677 803 nouveau-nés ont vu le jour en France.
[3] Editeur Erès