Intelligence artificielle : des questions « préoccupantes » quant à ses possibles répercussions sur « l’ouverture de l’humanité à la vérité et à la beauté »
A l’occasion de la deuxième conférence annuelle de Rome sur l’Intelligence artificielle (IA) (cf. Microsoft et IBM signent l’Appel de Rome pour une éthique de l’intelligence artificielle), le Pape Léon XIV a alerté quant au « besoin urgent d’une réflexion sérieuse et d’un débat constant sur la dimension intrinsèquement éthique de l’IA, ainsi que sur sa gouvernance responsable ».
Considérant que le développement rapide de l’IA représente un « extraordinaire potentiel au bénéfice de la famille humaine », l’évêque de Rome pointe également les « questions plus profondes » qui concernent « l’utilisation appropriée de cette technologie pour édifier une société mondiale plus authentiquement juste et humaine ».
Un outil avant tout
Reprenant les mots de son prédécesseur, le pape rappelle que l’IA est « avant tout un outil ». Il est indispensable de prendre en compte le bien-être de la personne humaine, « non seulement du point de vue matériel, mais également intellectuel et spirituel » insiste le Pape. « En définitive, les bénéfices ou les risques de l’IA doivent être évalués précisément en fonction de ce critère éthique supérieur », enjoint-il.
« L’IA, en particulier l’IA générative, a ouvert de nouveaux horizons à différents et multiples niveaux, notamment en améliorant la recherche en matière de santé et de découverte scientifique, note Léon XIV, mais elle soulève également des questions préoccupantes sur ses possibles répercussions sur l’ouverture de l’humanité à la vérité et à la beauté, sur notre capacité distinctive à saisir et à interpréter la réalité. » Ainsi, « cela nous exhorte tous à réfléchir plus profondément sur la véritable nature et l’unicité de notre dignité humaine commune ».
Une préoccupation vis-à-vis de la jeunesse
« Nous sommes tous, j’en suis certain, préoccupés pour les enfants et les jeunes, et les possibles conséquences de l’utilisation de l’IA sur le développement intellectuel et neurologique », déclare le Pape.
D’ailleurs, selon une récente étude de chercheurs du MIT dont la prépublication est disponible sur ArXiv [1], l’utilisation de ChatGPT, ou d’autres intelligences artificielles génératives, pourrait avoir des « conséquences néfastes » sur l’apprentissage et le développement des compétences cognitives des jeunes.
« Aucune génération n’a jamais eu un tel accès rapide à la masse d’information désormais disponible grâce à l’IA, souligne le Saint Père. Mais une fois encore, l’accès à des données — bien qu’extensives — ne doit pas être confondue avec l’intelligence, qui implique nécessairement « l’ouverture de la personne aux questions ultimes de la vie et reflète une orientation vers le Vrai et le Bien ». »
[1] Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task, Nataliya Kosmyna, Eugene Hauptmann, Ye Tong Yuan, Jessica Situ, Xian-Hao Liao, Ashly Vivian Beresnitzky, Iris Braunstein, Pattie Maes, Arxiv (10/06/2025)
Sources : Vatican, communiqué (17/06/2025) ; AFP (21/06/2025) ; Pourquoi Docteur, Diane Cacciarella (20/06/2025) ; L’ADN, David-Julien Rahmil (18/06/2025) – Photo : iStock