Le Nigeria, 2e destination pour la GPA internationale au Royaume-Uni, et le risque d’une légalisation prochaine
Le Nigeria est à présent la deuxième destination pour les GPA effectuées à l’étranger par des Britanniques, après les Etats-Unis. Le pays le plus peuplé d’Afrique devance la Géorgie et l’Ukraine (cf. Ukraine : sous les bombes, le scandale de la GPA ; PMA, GPA : des « donneuses » d’ovocytes traitées « comme du bétail » en Géorgie). Le nombre de naissances par GPA au Nigeria est passé de 6 en 2015 à 59 en 2025[1].
Des prix peu élevés
Ce pays est choisi en raison des coûts bien moins importants qu’aux Etats-Unis, où ils peuvent atteindre les 200.000 dollars (172.000 euros). Il n’existe aucune donnée sur les coûts au Nigeria hormis celles présentées par les agences : la fourchette annoncée est de 10.000 à 40.000 dollars (9.200 à 36.800 euros)[2].
Le Nigeria attire également certains Britanniques en raison d’un lien personnel avec ce pays. La présence d’un réseau sur place facilite les démarches[3]. Le Royaume-Uni a d’ailleurs vu le développement d’agences spécialisées dans les GPA et dons d’ovocytes pour les femmes et couples d’ascendance africaine, qui œuvrent en partenariat avec des prestataires de fertilité à Lagos[4] (cf. Nigeria : des étudiants vendent leurs gamètes pour « survivre à la situation économique »).
Légaliser une GPA « altruiste » autorise en fait tout type de GPA
Au Royaume-Uni, la loi autorise une GPA dite « altruiste » dans le cercle familial ou amical. Depuis 2019, la loi autorise aussi les personnes seules à y avoir recours (cf. Réforme de la GPA au Royaume-Uni : le gouvernement temporise).
De façon assez prévisible, l’offre ne suit pas la demande, il peut être difficile de trouver une cousine ou une amie volontaire pour porter un enfant sans rémunération… mais étant donné que les tribunaux reconnaissent les GPA du moment que la mère porteuse a signé une déclaration d’abandon de ses droits parentaux, il est aisé de ramener des enfants conçus par mère porteuse à l’étranger, dans les pays qui autorisent, ou du moins ne proscrivent pas, la GPA commerciale (cf. Au Royaume-Uni, une hausse des GPA par des hommes célibataires et des GPA internationales).
Helen Gibson, fondatrice du réseau Surrogacy Concern, porte à l’attention du public le fait que le Royaume-Uni a interdit les adoptions d’enfants provenant du Nigeria, en raison du risque important de trafics. Le pays n’a d’ailleurs pas signé la Convention de La Haye de 1993 sur l’adoption internationale. La GPA est une pratique commerciale qui s’affranchit de ces préoccupations éthiques[5].
Le Nigeria pourrait bientôt légaliser la pratique sur son territoire
Si les Etats-Unis restent la destination privilégiée pour une GPA internationale, c’est en grande partie lié à la sécurité légale dont bénéficient les clients des agences. Nombre d’entre eux sont réticents à l’idée de se rendre dans un pays dépourvu de cadre législatif qui leur garantit le respect des termes des contrats (cf. GPA : des contrats au-dessus des lois ?).
Dans ce contexte, le Nigeria a justement entamé un processus législatif qui pourrait autoriser et donner un « cadre » à la pratique de la GPA à destination de clients nigérians comme étrangers.
Comme l’explique la journaliste nigériane Simbiat Bakare, « le projet de loi a été adopté en deuxième lecture à la Chambre des représentants en octobre 2024. Il est conçu pour donner un cadre légal aux agences de maternité de substitution et rendre leur enregistrement obligatoire, légalisant ainsi la maternité de substitution ». Comme au Royaume-Uni, avec l’efficacité que l’on connaît, le projet de loi prévoit l’interdiction de la GPA commerciale au profit d’une « GPA altruiste »[6] (cf. « Il est des mots qu’on arrache à leur signification pour habiller un marché en conviction. Ethique, accolé à la GPA, est devenu l’un d’eux. » ; « Exploitation de la GPA » : une forme de traite des êtres humains selon le Parlement européen).
Les organisations opposées à la GPA se mobilisent
Engagée contre la pratique, Simbiat Bakare cite un rapport de l’OMS qui montre que le Nigeria a le taux de mortalité maternelle le plus élevé au monde. Depuis 2000, à l’échelle mondiale, le taux de mortalité de la mère lors de l’accouchement a baissé de 40%. Au Nigeria, il a seulement baissé de 13%. Une femme sur 100 décède pendant ou peu après avoir donné naissance, ce qui représente 75.000 décès par an[7].
Au niveau international, le 10 mai 2026, la Coalition mondiale pour l’abolition de la maternité de substitution (CIAMS), qui regroupe 40 associations dans 14 pays du monde, et l’association nigériane Naija Feminists Media, ont envoyé un courrier à l’attention des membres du Sénat nigérian.
Leur lettre rappelle que « même en étant bien intentionnée, une régulation de la GPA entraîne l’exploitation systématique des femmes », en citant les cas de l’Inde, Cambodge et Thaïlande qui ont légalisé la GPA internationale puis sont revenus en arrière (cf. GPA : face à l’appel à l’abolition, l’industrie répond par des « normes minimales » au niveau mondial). Le collectif suggère aux élus nigérians de s’inspirer de la loi italienne, qui bannit la GPA transfrontalière[8].
[1] The Telegraph, Tom McArdle, Parents outsource surrogacy abroad as international applications surge, (22/04/2026)
[2] D’après le site de la plateforme d’agences Greenplace Healthcare
[3] The Telegraph, Samuel Montgomery, Rise in families using Nigerian surrogate mothers (26/05/2026)
[4] Telles que l’agence Ebony Concept
[5] The Times, Sanchez Manning, Rapid rise in parents using Nigerian surrogate mothers (26/05/2026)
[6] Propos cités sur le site de la CIAMS : Why Abolition, Not Regulation, Is the Only Protection for Surrogate Mothers
[7] Trends in maternal mortality 2000 to 2023: estimates by WHO, UNICEF, UNFPA, World Bank Group and UNDESA/Population Division, rapport de l’OMS, (7/04/2025), cité dans l’article How Facebook, misinformation, legal loopholes throw Nigerian women into surrogacy ditch de Simbiat Bakare sur le site d’information Dubawa (27/09/2025)
[8] Why Abolition, Not Regulation, Is the Only Protection for Surrogate Mothers, lettre reproduite intégralement sur le site de la CIAMS (27/05/2026)