L’impact de la grossesse sur le cerveau : ce que nous disent de récentes études

Publié le 16 avril 2026
L’impact de la grossesse sur le cerveau : ce que nous disent de récentes études
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La grossesse modifie le cerveau plus profondément que ce que la science pouvait penser jusqu’à présent. Des études récentes ont décrypté les processus à l’œuvre au niveau de différentes zones du cerveau au moment où la femme est enceinte mais aussi dans les mois qui suivent l’accouchement.

Une diminution de la matière grise qui se reconstitue ensuite

Une étude importante sur le sujet a été réalisée par un groupe de scientifiques en Espagne et aux Pays-Bas en 2025. Elle a cartographié très précisément ces changements. Les chercheurs ont en effet réalisé cinq scanners du cerveau sur 127 femmes « qui devenaient mères pour la première fois ». Un premier scanner était réalisé avant la conception, deux pendant la grossesse et deux autres après l’accouchement (1 puis 6 mois après). Ce type d’études est difficile à mettre en place, les chercheurs devant identifier des femmes qui envisagent de concevoir, commencer les examens avant le début de la grossesse pour ensuite les suivre pendant la grossesse et après l’accouchement. Une étude parue en 2017 avait procédé de façon similaire mais avec 5 fois moins de femmes.

Les résultats obtenus sur ces 127 femmes démontrent que la matière grise, c’est-à-dire la partie du cerveau riche en cellules nerveuses, a diminué de près de 5% dans plusieurs régions cérébrales impliquées dans les émotions, l’empathie et la perception sociale au cours de la grossesse (cf. Une étude suggère que le cerveau des femmes enceintes perd de la matière grise pour les préparer à la maternité). Le niveau le plus bas est atteint au cours des dernières semaines précédant la naissance. Puis, après l’accouchement, le volume commence à se reconstituer pour atteindre 3,4% six mois après l’accouchement. Cette évolution a concerné toutes les femmes de l’étude. Le professeur Susanna Carmona, coauteur de l’étude, explique : « J’aime utiliser la métaphore de la taille d’un arbre. Certaines branches sont coupées pour permettre à l’arbre de pousser plus efficacement ».

Des effets qui persistent même 6 ans après la grossesse

Ces changements cérébraux ne s’observent pas chez les femmes qui deviennent mères mais qui n’ont pas porté l’enfant, suggérant ainsi que lesdits changements sont dus à la biologie de grossesse elle-même. En outre, les chercheurs ont également analysé le taux d’hormones et ont constaté que deux formes d’œstrogènes suivaient de près les modifications cérébrales. Le taux de ces hormones augmente à mesure que le volume de matière grise diminue, puis décline fortement après la naissance lorsque le placenta est expulsé.

Une autre étude, parue en 2021, menée par le même groupe de recherche, a démontré que les modifications cérébrales restaient détectables même six ans après l’accouchement. Ainsi, sur la base d’examens d’imagerie cérébrale, il est possible de déterminer avec une précision de plus de 90% les femmes ayant été enceintes.

Une deuxième grossesse aux effets différents

Une étude néerlandaise publiée en 2026 a approfondi ces résultats en s’intéressant aux femmes qui vivaient une deuxième grossesse. Des modifications cérébrales sont de nouveau constatées, « mais selon un schéma différent ». Ainsi, les régions du cerveau ayant subi les transformations les plus fortes la première fois, « celles impliquées dans la conscience de soi et la perception des émotions d’autrui », sont faiblement impactées la deuxième, alors que celles mobilisées pour l’attention et la réactivité au monde extérieur sont « plus fortement affectées ».

Tout se passe comme si, pour les premières, « la transformation initiale avait déjà eu lieu », alors qu’apparaissent « les exigences supplémentaires liées à la prise en charge d’un premier enfant pendant la grossesse ». Globalement, les zones cérébrales les plus touchées sont celles impliquées dans la compréhension des autres.

Des évolutions similaires entre le cerveau d’un adolescent et celui d’une femme enceinte

La comparaison directe, dans une étude de 2019, des modifications liées à la grossesse avec celles intervenant durant l’adolescence a montré des schémas quasiment identiques. « Si l’adolescence remodèle le cerveau pour le préparer à la vie sociale adulte, les données disponibles aujourd’hui suggèrent que la grossesse le remodèle à nouveau – de manière plus spécifique, plus profonde – pour le préparer à une tâche encore plus exigeante : s’occuper d’un nourrisson ».

Source de la synthèse de presse : The Conversation, Birgit Derntl, Ann-Christin S. Kimmig et Franziska Weinmar (13/04/2026)