Machines maternelles – Serge Tisseron

Publié le 2 juillet 2026
Machines maternelles – Serge Tisseron
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« Elles ont leurs failles, leurs biais, exactement comme les humains avec lesquels nous pouvons travailler ont les leurs, et comme nous avons les nôtres. » Dans son dernier ouvrage, Machines Maternelles, Serge Tisseron, psychiatre et docteur en psychologie, veut démythifier les intelligences artificielles.

Le constat est alarmant. Face à l’atomisation de la société, les IA se présentent comme un substitut à toute forme de relation sociale. Insidieuses dans leur emprise, les « machines parlantes » prétendent combler les besoins affectifs nécessaires à notre bien-être psychique. « Le chatbot crée pour son utilisateur un sentiment de proximité, explique Serge Tisseron. Il exploite l’imaginaire d’un espace d’échanges fluide et amical. » Mais « si l’on veut garder la métaphore maternelle, poursuit le psychiatre, elle évoque moins l’image d’une “mère suffisamment bonne” que celle d’une mère toxique qui veut garder l’enfant pour elle. »

Serge Tisseron souligne un autre aspect, celui de la monétisation des données fournies par les utilisateurs. En octroyant leur confiance, bien souvent aveugle, ils confient à la machine des données en grandes quantités, lui prêtant une humanité. L’auteur pointe ainsi que « la question majeure de l’intelligence artificielle n’est donc pas celle de la simulation mécanique de l’intellect, mais ce qui se passe lorsque la pensée et la sociabilité humaines sont confrontées à elle ».

Dans cet ouvrage très accessible, Serge Tisseron nous emmène éclairer ce qui nourrit nos failles, notre complexe d’infériorité par rapport à une IA soi-disant toute puissante et omnisciente. « Il est vraiment urgent que leurs concepteurs se débarrassent de ce ton condescendant qui nous donne toujours l’impression d’être un élève qui pourrait mieux faire », s’agace le médecin.

Sans nier ses capacités qui facilitent notre vie quotidienne, Serge Tisseron attire l’attention sur trois risques : « ne plus chercher par nous-mêmes une réponse à nos questions », « l’émoussement de nos capacités affectives » et « que chacun se détourne de la vie sociale de proximité ». L’IA n’est pas notre semblable, elle ne le sera jamais. Sommes-nous prêts à assumer ce qui fait réellement de nous des humains ?

Editeur : Presses Universitaires de Paris

Date de publication : 02/04/2026

Nombre de pages : 192