Revivification : un organoïde issu d’un musicien décédé « capable de composer de la musique »
Une équipe d’artistes, de biologistes et de neuroscientifiques [1] a collaboré pour mettre au point un incubateur contenant un « mini-cerveau » humain « capable de composer de la musique ». Le projet, baptisé Revivification, est actuellement exposé à l’Art Gallery of Western Australia.
Du don de sang à l’« œuvre d’art »
L’organoïde de cerveau a été fabriqué à partir d’un prélèvement de sang du compositeur Alvin Lucier, décédé en 2021. « Il a transformé la façon dont nous pensons la composition en déplaçant l’accent des éléments musicaux traditionnels vers les propriétés physiques du son lui-même », explique l’institution. « Son travail sur les ondes cérébrales, l’écholocation et l’acoustique ambiante a brouillé les frontières entre la musique, la science et l’art. »
Dans le cadre de ses travaux, le compositeur a fait un don de sang l’année précédant sa mort à la University of Western Australia. Reprogrammées en cellules souches par la Harvard Medical School, les cellules sanguines ont pu conduire à la fabrication d’un organoïde de cerveau.
L’installation comprend une sculpture qui englobe l’incubateur, dont les murs sont tapissés de « 20 grandes plaques de cuivre incurvées ». « Chaque plaque est directement reliée à l’activité neuronale de l’organoïde cérébral de Lucier », expliquent les membres de l’équipe. Ainsi, les signaux émis par l’organoïde « sont transmis par des transducteurs et des actionneurs qui frappent les cuivres » « créant des résonances complexes et soutenues qui remplissent l’espace de sons ».
Revisiter la conception de la mort ?
« La pratique de l’équipe se caractérise par une approche subversive de la biotechnologie, remettant en question les conceptions conventionnelles de la vie, de la sensibilité, de l’action et de la relation entre l’homme et la technologie », expliquent les membres du projet.
« Revivification est une tentative de mettre en lumière les possibilités parfois obscures de prolonger la présence d’une personne au-delà de l’apparent caractère définitif de la mort », considèrent-ils (cf. Michel Onfray : « Seule une morale pourrait arrêter l’inhumanisme du posthumanisme »).
[1] Guy Ben-Ary, Nathan Thompson, Matt Mingold, et Stuart Hodgetts
Sources : Infobae, Nel Gómez (15/042025) ; The Art newspaper, Elizabeth Fortescue (27/03/2025)