« Sans mon intervention, mon père serait mort » : malgré une 2e décision d’arrêt des traitements, un homme récupère et rentre chez lui

Publié le 26 mai 2026
« Sans mon intervention, mon père serait mort » : malgré une 2e décision d’arrêt des traitements, un homme récupère et rentre chez lui
© Ilan Seknagi

Deux fois en quatre ans. L’acharnement existe encore mais il n’est plus thérapeutique.

A deux reprises, Jean-Claude Seknagi a fait l’objet d’une décision d’arrêt des traitements, contre sa volonté (cf. Arrêt des traitements : un patient soumis à une décision contraire à sa volonté pour la deuxième fois ; Jean-Claude Seknagi : aujourd’hui sorti du coma, il aurait pu être « débranché »). Hospitalisé pour une pneumopathie au début de l’année, son état s’est aggravé et le couperet des médecins est tombé : arrêt des traitements. Sa famille a donc dû, après s’être déjà battue en 2022, faire appel à la justice. Le 3 mars, le juge des référés a ordonné une expertise afin de statuer sur la levée ou non de la décision de l’hôpital Avicenne. Une procédure qui a permis que Jean-Claude Seknagi soit soigné : son état s’est amélioré, il a été extubé. La décision d’arrêt des soins, elle, a été maintenue par le corps médical.

L’hôpital se résigne à demander un non-lieu

Aujourd’hui le recours n’est plus d’actualité : Jean-Claude Seknagi est rentré chez lui. Il a pu parler, et chanter.

« Ce retour donne une nouvelle fois, une portée concrète, au combat mené ces derniers mois », souligne son fils Ilan Seknagi. « Car une chose est désormais impossible à ignorer : sans mon intervention, mon père serait mort. » (cf. Un hôpital poursuivi pour avoir voulu débrancher un patient aujourd’hui « bien vivant et heureux »)

Comment comprendre qu’un hôpital ait soutenu des mois durant devant la justice, avec assurance et entêtement, la nécessité d’arrêter les traitements d’un homme qui a finalement pu regagner son domicile et y retrouver sa femme ? Devant l’évidence, l’établissement a dû se résoudre à demander un non-lieu à statuer, indique Ilan Seknagi. « Ce renversement est vertigineux. »

« Combien de patients, eux, n’ont pas eu autour d’eux quelqu’un pour comprendre, contester, insister, tenir, et empêcher qu’une décision présentée comme inéluctable ne les conduise à la mort ? »

« Au-delà du soulagement, demeure aussi une forme d’appréhension, confie Ilan Seknagi. Mais je n’ai pas peur de l’avenir, car je me sens aujourd’hui beaucoup plus armé si cette logique devait un jour se représenter. »

« Ce dénouement est bien sûr un immense soulagement pour notre famille, témoigne le fils de Jean-Claude Seknagi. Mais il soulève aussi une question terrible : combien de patients, eux, n’ont pas eu autour d’eux quelqu’un pour comprendre, contester, insister, tenir, et empêcher qu’une décision présentée comme inéluctable ne les conduise à la mort ? » « C’est cela aussi que cette histoire met en lumière, souligne Ilan Seknagi : au-delà de notre cas, elle révèle ce qui peut arriver lorsque des familles, démunies face à la machine médicale, n’ont ni les connaissances, ni les relais, ni la force de s’opposer. » « Sans vigilance, sans connaissance, sans combat, certaines vies peuvent basculer bien trop vite », alerte-t-il.

Très ému du retour à la maison de son papa, Ilan Seknagi n’oublie pas ceux qui traversent des épreuves similaires : « Je pense aussi à toutes ces familles qui me contactent, à celles qui me disent qu’elles ont compris trop tard, et à toutes celles pour qui, malheureusement, il était déjà trop tard ». « C’est aussi ce qui rend ce dénouement si bouleversant. »

« Un problème sociétal grave »

« Une fois, on peut parler d’un miracle. Mais deux fois, ce n’est plus un hasard : c’est le signe d’un problème sociétal grave », juge Ilan Seknagi. « Ce qui me bouleverse, ce n’est pas seulement que mon père soit revenu de si loin ; c’est qu’à deux reprises, il ait fallu une mobilisation hors norme, une vigilance constante, des alertes, des courriers, des avocats, des médias, une pression familiale immense, pour que sa volonté de vivre soit réellement entendue. » (cf. Ilan Seknagi : « Les directives anticipées ne sont-elles valables que dans le cas où le patient veut mourir ? »)

« C’est aussi pour cette raison que j’ai écrit mon livre », affirme-t-il (cf. Mon père voulait vivre). Un témoignage qui « prend encore plus de sens » avec ce nouveau retour de Jean-Claude Seknagi chez lui, « parce qu’il répond à une nécessité profonde : laisser une trace de ce combat, raconter ce que vivent certaines familles dans le silence, et cette frontière parfois terrible entre renoncer trop vite et continuer à croire à la vie. »