Une femme qui tue son grand-père « par amour » sort condamnée mais libre
En août 2020, à Saint-Laurent-de-Mure, dans l’Est lyonnais, Manuel Adell, âgé de 95 ans, est retrouvé mort asphyxié et brûlé dans son lit médicalisé. Il a été assassiné par sa petite-fille, Emilie Gutierrez, 33 ans.
Devant les assises du Rhône, en octobre dernier, l’accusée avait plaidé « l’acte d’amour », affirmant avoir agi pour abréger les souffrances du vieil homme qui, selon elle, réclamait de mourir (cf. Après avoir mis le feu au matelas de son grand-père, elle est reconnue « coupable d’assassinat »). L’avocat général réclamait quinze ans de réclusion pour la jeune femme, accusée d’avoir agi « pour exorciser sa frustration liée à ses échecs multiples ».
Le 23 juin s’est ouvert à Bourg-en-Bresse le procès en appel de cette femme. L’accusée sera condamnée à cinq ans de prison avec sursis, dont un an ferme – peine qui autorise un aménagement en détention à domicile avec un bracelet électronique.
Le procès d’une « femme ordinaire » ?
« Le lien entre cette petite-fille et son grand-père était extrêmement fusionnel », a expliqué l’avocat de l’accusée, Me Thibaud Claus. Il avance qu’il n’y avait « aucun antagonisme » entre eux, « aucune dette, aucun héritage ». Il déclare : « Vous avez aujourd’hui à juger une femme ordinaire, face à la détresse absolue d’un proche en fin de vie, (…) qui souffrait le martyre. Il faut se rappeler que le lien qu’il avait avec sa petite-fille était si fort qu’il lui avait été demandé à elle, alors qu’il était hospitalisé en 2015 après une grave chute, d’être tiers de confiance auprès des médecins » – alors que, selon les mots d’Emilie Gutierrez, le reste de la famille « faisait l’autruche ».
L’accusée répète que son grand-père « hurlait à la mort » et lui demandait constamment de « le laisser partir », tandis que sa fille et son gendre, chez qui il vivait alité depuis déjà une dizaine d’années, l’auraient abonné jusqu’à le laisser « nu dans ses excréments ».
Un « sursaut d’omnipotence »
Emilie Gutierrez, en plus de devoir supporter le poids moral de la fin de vie de ce grand-père dont elle était proche, aurait été démoralisée par ses échecs successifs au concours du CAPES et ses difficultés à éduquer ses deux fils. Le matin du crime, son conjoint lui annonce qu’il la quitte après avoir entamé une relation avec une autre femme. Selon l’expertise psychiatrique, Emilie Gutierrez était dans un « état dissociatif (…) de nature à altérer son discernement ».
Le psychiatre Daniel Zagury donne son interprétation des faits : « Ce jour-là, Mme Gutierrez réagit dans un sursaut d’omnipotence, de reprise de contrôle : elle va s’en prendre à un sujet qu’elle maîtrise, le plus vulnérable, le plus faible. Elle a été atteinte dans son ego et a répliqué de la pire des manières ».
La relaxe des auteurs de « meurtres par altruisme »
Lors du procès en appel, la défense rappelle à raison que la Justice a déjà connu des cas similaires. Les auteurs de « meurtres par altruisme » ne sont jamais punis par une incarcération (cf. Australie : Il tue son père d’un coup de fusil, la Cour le laisse libre).
Le médecin-réanimateur François Blot interroge : « Est-ce que tout a été fait en termes de soin médical et de soutien psychologique pour rendre les derniers mois de la vie de cet homme moins douloureux ? Je n’en sais rien. (..) Quoi qu’il en soit, la situation des personnes âgées en France est un désastre ».
Sources : Le Point, Marion Cocquet (25/06/2025) ; Le Figaro avec AFP (25/06/2025) ; Libération, Julie Brafman (25/06/2025) ; Courthouse News, Lily Radziemski (25/06/2025)