Vers des greffes d’yeux ? Des chercheurs mettent au point un dispositif pour « réanimer » des globes oculaires de donneurs décédés

Publié le 8 juillet 2026
Vers des greffes d’yeux ? Des chercheurs mettent au point un dispositif pour « réanimer » des globes oculaires de donneurs décédés
© Pixabay

Lorsque des chirurgiens se sont essayés il y a quelques années à transplanter des yeux humains entiers, l’œil greffé n’était pas capable de voir. Pour remédier à ce problème, des chercheurs ont développé un dispositif qui permet de préserver et de réanimer des globes oculaires « fraîchement prélevés » grâce à une technique appelée « perfusion ». La perfusion consiste à fournir aux organes prélevés chirurgicalement une partie de l’oxygène et des nutriments dont ils bénéficient habituellement lorsqu’ils se trouvent à l’intérieur du corps.

Les yeux ainsi traités ne se dégradent pas aussi rapidement : ils semblent conserver la capacité de transmettre des signaux électriques et, « potentiellement, de voir ». Les scientifiques ont pré-publié[1] leur étude sur le site bioRxiv[2].

Un système baptisé « Eye-in-a-Care-Box »

« C’est vraiment génial », considère Shannon Tessier, du Massachusetts General Hospital, qui n’a pas participé à cette recherche mais étudie la perfusion d’autres organes. « Cela pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour la préservation de la rétine », anticipe-t-elle.

L’« Eye-in-a-Care-Box » (ECaBox) achemine un flux liquide riche en oxygène par l’artère qui irrigue normalement l’œil. Bien que le dispositif soit hermétique afin de maintenir une température et une pression spécifiques, une fenêtre transparente sur le côté permet aux chercheurs d’étudier et d’observer l’œil pendant qu’il se trouve à l’intérieur.

De premiers résultats sur des yeux de porc…

Pia Cosma, de l’Institut des sciences et technologies de Barcelone et ses collègues ont commencé leurs expériences avec des yeux de porc, en raison de leur « anatomie similaire » à celle des yeux humains, tout en étant « plus faciles à se procurer ».

Même conservés à 4°C, les yeux de porc se sont détériorés en moins de 24 heures. Ceux conservés dans l’EcABox étaient en revanche « nettement plus viables » au bout d’une journée que ceux qui n’avaient pas été conservés dans l’appareil. Ils semblaient en outre « capables de réagir à la lumière ». Non traités, les yeux de porc perdaient cette capacité « dès leur prélèvement sur l’animal » et elle « réapparaissait après environ 15 minutes de perfusion ».

… et chez l’homme

Après le porc, l’équipe a ensuite testé son dispositif sur des yeux humains. Ils ont prélevé 12 yeux sur six personnes décédées et placé seul l’un des deux yeux de chaque paire dans leur dispositif. Les yeux perfusés ont « donné de meilleurs résultats » : leurs rétines ont été préservées.

Les chercheurs prévoient de mettre au point une version portable de leur système, destinée aux blocs opératoires, « afin de minimiser la [dégradation] des yeux de donneurs dont le cœur bat encore, lorsqu’ils seront disponibles ».

Outre une nouvelle façon d’étudier les traitements ophtalmologiques, les scientifiques espèrent que leur dispositif pourra fournir un moyen de « conserver et de réanimer des yeux humains prélevés en vue d’une greffe d’œil entier ». Mais « nous ne saurons pas si les yeux traités dans l’ECaBox donnent de meilleurs résultats tant qu’ils n’auront pas été transplantés », souligne Shannon Tessier.

[1] L’étude n’a donc pas encore été revue par les pairs

[2] E. R. Byrne et al., Retinal resuscitation in post-mortem eyes, Preprint, https://doi.org/10.64898/2026.06.25.733416

Source de la synthèse de presse : MIT technology review, Jessica Hamzelou (03/07/2026)