« Certificat d’humanité » : Sam Altman, créateur de ChatGPT, affirme vouloir « protéger » internet de l’IA
Des intelligences artificielles de plus en plus nombreuses, diverses et sophistiquées circulent sur internet, créent du contenu et interagissent même avec nous sans que nous nous rendions compte qu’il s’agit de robots. Internet en devient moins « hospitalier » pour ses utilisateurs humains. Particuliers et entreprises en subissent des conséquences parfois lourdes. Parmi ces multiples bots et deepfakes, il nous faut nous reconnaître entre personnes humaines. Avec son entreprise Tools for Humanity, Sam Altman, fondateur d’OpenAI, à l’origine de ChatGPT, a justement mis au point un « certificat d’humanité ». Il s’agit du dispositif World et le système d’authentification biométrique World ID, basé sur un scan de l’iris.
En avril, une version plus aboutie, World ID 4.0, a été présentée au public et devrait être adoptée par les sites grand public Tinder, Zoom, Shopify, Docusign ou encore Amazon Web Services.
La théorie de l’« internet mort »
L’idée d’un « internet mort » a vu le jour en 2021 sur un forum. Son auteur, resté anonyme, affirmait que la majorité des messages et contenus publiés en ligne n’étaient plus l’œuvre d’humains mais de robots qui interagissent entre eux. Ainsi l’utilisateur se retrouve, sans en avoir conscience, entouré de robots et réagit sans le savoir à contenus générés par IA.
« Je n’ai jamais pris la théorie de l’internet mort très au sérieux, mais il semble qu’il y ait vraiment beaucoup de comptes pilotés par des intelligences artificielles », écrivait début septembre 2025 Sam Altman. En 2024, selon la société de cybersécurité Imperva, les bots, ces logiciels automatiques qui imitent les écrits et conversations des personnes, représentaient 51% du trafic.
Après avoir développé ChatGPT et mis ce logiciel à disposition du grand public, Sam Altman entreprend de vendre à des entreprises des logiciels qui leur permettent de « faire la différence » entre une IA et un être humain (cf. L’humanité « ne doit être ni remplacée ni dépassée » : le Pape publie une encyclique sur « la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle »).
Quand les IA prennent une « apparence » humaine
Tinder et Zoom font face à des difficultés croissantes liés à des faux comptes malveillants, car l’IA progresse dans son imitation de la voix, du discours et de l’apparence humaine.
Sur Tinder, les faux profils sont généralement utilisés pour escroquer les utilisateurs en leur soutirant de l’argent ou des informations personnelles. Des bots sont en effet capables de générer des scripts qui s’adaptent aux réponses de l’interlocuteur et manipulent ses émotions.
L’entreprise Zoom video communications, à l’origine du service Zoom de conférences à distance largement usité dans le milieu professionnel, s’inquiète de la sophistication croissante des deepfakes qui imitent des personnes que l’utilisateur connaît. En 2024, un employé d’une multinationale basée à Hong Kong a été dupé par des vidéos représentant le directeur financier de son entreprise et plusieurs autres dirigeants. Il a fait perdre 25 millions de dollars à l’entreprise. Une étude de Deloitte indique que la fraude financière commise par le biais de ces escroqueries au deepfake pourrait atteindre 40 milliards de dollars aux États-Unis d’ici 2027.
Les bots vendeurs à l’attaque du e-commerce
Les sites de vente en ligne sont parfois paralysés par les pratiques de « scalping » : des robots achètent massivement des biens très demandés pour ensuite les revendre plus chers. Lors de la prévente des billets de la tournée Eras Tour de la chanteuse Taylor Swift en 2023, le site Ticketmaster a été paralysé par l’assaut de 3,5 milliards de requêtes simultanées. Le but étant de vider le site de ses billets, ce qui oblige les acheteurs à se les procurer sur un autre site à des prix exorbitants. Vinted fait aussi les frais de ces bots consacrés à l’achat-revente automatisé en ligne, de même que les sites de vente de billets d’avion et tous types de biens vendus en édition limitée. Selon Imperva, 22,6 % des inscriptions sur les sites d’e-commerce proviendraient de ces robots[1].
Un nouveau marché
De nombreuses entreprises ont besoin de s’assurer que les visiteurs de leur site sont de véritables êtres humains. Elles pourraient demander à leurs utilisateurs une « preuve d’humanité ».
Zoom et Tinder sont déjà clients de la technologie de Tools for Humanity et devraient être bientôt suivis par Shopify, Docusign, ou encore Amazon Web Services.
En plus de vérifier qu’un utilisateur n’est pas un bot, l’entreprise pourra empêcher les connexions multiples par une même personne. D’après le site de la société[2], la technologie World permet de réaliser des économies de modération, en empêchant la création de comptes multiples, ce qui renforce aussi la lutte contre la fraude. Un utilisateur ne pourra plus créer un nouveau compte après avoir été banni du site.
Le logiciel améliorerait également l’efficacité des dépenses publicitaires de l’entreprise : on certifie que chaque clic sur une publicité est effectué par un humain, le calcul de conversion du clic à l’achat est donc plus fiable.
A chaque personne son « World ID » ?
Après avoir scanné la partie colorée de son œil grâce à un appareil sphérique, The Orb, géré par le réseau World, la personne est « considérée comme humaine » par le dispositif. Son iris est ensuite « retranscrit sous la forme d’une empreinte cryptographique anonyme ». Des fragments du code sont envoyés à travers un réseau distribué afin de confirmer que la personne ne s’est pas déjà inscrite. Il en résulte un « justificatif » selon lequel une personne est un être humain unique ; justificatif qui ne révèle – théoriquement – ni son identité ni ses données personnelles. L’utilisateur reçoit un code d’identification qui est stocké sur son smartphone, son identifiant World ID, qu’il peut ensuite utiliser pour s’authentifier sur différentes plateformes.
En avril 2026, le dispositif a évolué vers sa généralisation avec World ID 4.0. Entre autres innovations, cette version introduit les « Face Auth », un système d’authentification biométrique installé sur le smartphone. L’utilisateur n’a plus besoin de se rendre physiquement auprès d’un « Orb ».
A ce jour, environ 18 millions de personnes auraient déjà utilisé un identifiant World ID dans plus de 160 pays.
[1] L’ADN, Grinch bots : la saison des robots acheteurs est ouverte, Marine Portais, (28/11/2022)
[2] Site web de Tools for Humanity, page « World »
Sources de la synthèse de presse : BBC, Kali Hays (17/04/2026) ; Journal du Net, Frédéric Olivieri (25/04/2026)