Rendre effectif un « droit à la parentalité pour tous » ? L’ABM lance la 3e édition de sa campagne de promotion du don de gamètes
En 2025, plus de 11 700 demandes de PMA émanant de femmes seules ou de couples de femmes ont été enregistrées. Si l’on observe une baisse de la natalité, cette « nouvelle forme de parentalité », elle, ne diminue pas[1] : la demande progresse plus vite que les dons. Or « même s’il y a des droits qui ont évolué, la biologie n’a pas encore beaucoup changé sur le sujet » pointe Marine Jeantet, la directrice de l’Agence de la biomédecine (ABM). « Il faut toujours un gamète mâle et un gamète femelle pour faire des enfants. » Alors les gamètes manquent (cf. « On “fait”, on fabrique aujourd’hui un enfant, on ne l’engendre plus »). Et l’Agence de la biomédecine lance une nouvelle campagne marketing pour recruter des donneurs.
Transformer la « perception positive » en « passage à l’acte »
Pour répondre à une demande multipliée par 6 depuis 2021, l’ABM concentre ses efforts sur les villes qui disposent d’un centre de don. « Faites des parents » repart ainsi pour un troisième tour de France, du 16 septembre au 14 octobre : dix villes[2] où le bus de l’Agence fera étape une journée pour « informer » et « rassurer » (cf. L’ABM en campagne pour le don de gamètes).
Alors que 76% des Français se déclarent favorables au don de gamètes, seuls 54% se disent prêts à donner leurs propres gamètes[3]. Et finalement ce sont seulement 11% qui envisagent véritablement de franchir le pas[4]. Entre « perception positive » et « passage à l’acte », il semble y avoir plus qu’un pas. Le tour « Faites des parents » espère convaincre un maximum de passants à devenir donneurs : il sera possible de prendre rendez-vous sur place avec un centre de don. Les deux éditions précédentes avaient permis de doubler les rendez-vous (cf. « Faites des parents » : l’ABM fait aussi sa rentrée).
Mobiliser autour de la « solidarité », l’« infertilité » et le « droit à la parentalité pour tous »
Au total 1015 candidats donneurs de spermatozoïdes ont été enregistrés en 2025. L’objectif de l’ABM est 1500. Le « stock » permet d’assurer l’« activité » pendant 12 à 18 mois. En revanche il n’existe pas de stock d’ovocytes, les centres fonctionnent « à flux tendu ».
Les donneurs donnent par « solidarité » en premier lieu[5], mais aussi car ils connaissent des proches concernés. L’infertilité serait un autre « moteur d’engagement ». Mais est-il légitime d’essayer de mobiliser autour de l’infertilité alors que les couples hétérosexuels infertiles sont devenus minoritaires au sein de la demande ?[6]
Le dernier « levier de mobilisation » relevé par l’ABM est le « droit à la parentalité pour tous ». Démentant qu’il s’agirait de revendiquer un « droit à l’enfant », la conquête des droits individuels va jusqu’à réclamer un droit à être parent. Au mépris des droits de l’enfant (cf. PMA, GPA, et la mère dans tout ça ?).
Des outils marketing face à des enjeux humains
La rhétorique interroge, d’autant que pour être donneur, il suffit désormais d’avoir 18 ans. Un âge où l’altruisme et l’empathie sont des leviers puissants (cf. Dons de gamètes : les jeunes au cœur de l’attention). Le marketing laissera-t-il la place à la nuance, au temps nécessaire pour le discernement qu’un tel don exige ?
Rémi, donneur de spermatozoïde témoigne. Lui-même issu d’un don, il explique : « Il y avait une part de moi qui avait besoin de se réinscrire dans la démarche que j’avais reçue, de redonner à la société ce que j’avais reçu en rendant par l’Agence de la biomédecine ce qui m’avait été offert, permettant ma naissance » (cf. PMA : la dette de la vie).
Il indique avoir vécu un parcours « plutôt simple à mettre en place ». « On est très bien reçus par les équipes, toujours très valorisés, beaucoup remerciés pour le don qu’on est en train de faire », ajoute-t-il (cf. « Les jeunes », faux héros et vraies proies de notre époque).
La levée de l’anonymat a été un levier important pour qu’il franchisse le pas. Avec pudeur, il évoque ses origines auxquelles il n’a pas pu avoir accès (cf. PMA : le droit d’accès aux origines devient effectif. En théorie.). Rémi a parlé de son histoire à ses enfants, refusant qu’il y ait un « tabou ». « Je ne me pose pas la question tous les jours de savoir si mon don a été utilisé ou pas », dit-il. « Maintenant cela ne m’appartient plus parce que c’est un don, donc je n’en attends plus rien », affirme-t-il. Mais il confie s’interroger : à quoi pourrait ressembler la rencontre avec l’enfant ou les enfants conçus avec ses gamètes ? (cf. 50% des enfants issus de PMA avec tiers-donneurs seraient mal dans leur peau) Selon la loi française, ils pourraient être jusqu’à 10[7]. Une question pour le moment sans réponse qui semble le laisser songeur.
[1] Les couples hétérosexuels représentent désormais moins de 20% des AMP avec tiers donneurs. 1350 demandes ont été enregistrées en 2025.
[2] Rouen le 16 septembre puis Brest, Reims, Besançon, Orléans, Clermont-Ferrand, Limoges, Toulouse, Montpellier et Nice
[3] Données du baromètre 2026 de l’Agence de la biomédecine
[4] Un taux de 13% en 2025
[5] Le baromètre de l’ABM indique que « 62% des donneurs potentiels qui se disent concernés par le sujet déclarent que le principe de solidarité constitue le principal déclencheur de leur intérêt pour le sujet »
[6] Le terme d’infertilité « sociale » est parfois utilisé dans le contexte du recours à la « PMA pour toutes »
[7] Des discussions autour de l’harmonisation des standards européens est en cours, l’objectif pourrait être de converger vers 15 fratries autorisées par donneur