Soins palliatifs : « On ne soigne pas avec des discours, ni avec des lois mais avec des gens et de l’argent »
« Que ressentez-vous après le vote à l’Assemblée nationale de la loi sur le droit de l’aide à mourir ? » « Inquiétude » ont répondu en majorité les quelque 3 000 médecins, infirmiers, aides-soignants et bénévoles d’accompagnement qui étaient présents à Lille le 18 juin pour le congrès national de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP). « Un record d’affluence ». Le congrès doit durer trois jours.
« Nous traversons une période complexe et incertaine, mais n’ayez pas peur d’être les témoins audacieux de ce que nous vivons auprès des malades et de ce que nous défendons dans le débat public comme un enjeu collectif, soignants ou non », a interpellé Claire Fourcade, l’actuelle présidente de la SFAP.
« Mourir sans la moindre gêne, après quelques rendez-vous… »
« Ils veulent vous faire mourir sans gêne, au bout d’une injection. Mourir sans la moindre gêne, après quelques rendez-vous… » Une reprise d’une chanson de Dalida a précédé l’intervention de Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles. Venue essayer de rassurer ces soignants, elle a dû affronter quelques huées.
« Cent millions d’euros supplémentaires ont été inscrits au budget 2025 qui commence à produire des effets. Je ferai tout pour que cette enveloppe soit reconduite pour l’exercice 2026, promet la ministre. Mon objectif reste inchangé : garantir à chaque Français un accès effectif aux soins palliatifs. »
« Penser que l’accès aux soins palliatifs sera effectif dans 5 ans, c’est illusoire »
Un comité de suivi doit se tenir en septembre prochain sur le sujet. La stratégie décennale est annoncée comme dotée d’un milliard d’euros. Cent premiers millions devraient être engagés pour 2025. Or « pour l’instant, on n’a aucun retour sur l’utilisation de ces moyens, indique la présidente de la SFAP. On ne soigne pas avec des discours, ni avec des lois mais avec des gens et de l’argent. »
« Penser que l’accès aux soins palliatifs sera effectif dans 5 ans, c’est illusoire », avertit, elle aussi, Jeanne qui est infirmière.
Et alors que l’effectivité des soins palliatifs n’est encore qu’une promesse, Olivier Mermet, médecin de soins palliatifs dans l’Allier et Matthias Schell, oncologue pédiatre à Lyon, affichent leur inquiétude : « Le vote de mai n’est que la première étape d’un long parcours législatif, mais tout le monde réalise, avec sidération, que ce texte va impacter notre métier et toute la société dans des proportions que l’on imagine encore mal ».
Sources : La Croix, Antoine d’Abbundo (18/06/2025) ; Le Figaro, Agnès Leclair (18/06/2025) ; France 3, Ophélie Masure et Hélène Tonneillier (18/06/2025) – Photo : iStock