Aux Etats-Unis, les cliniques de fertilité font face à un nombre croissant d’embryons abandonnés



« Nous n’étions préparé pour rien de tout cela. » Le Dr. Craig Sweet travaille dans une Clinique de fertilité à Fort Myers en Floride. S’il a permis 3000 grossesses durant sa carrière, il ne pensait pas être un jour confronté à la question du devenir des embryons abandonnés. 

 

Un embryon est dit abandonné quand un patient n’a pas payé les frais de stockage liés à sa congélation depuis 5 ans ou plus, et qu’il ne répond pas aux lettres et aux appels de la clinique. Selon le Dr Sweet, « 21% de nos embryons ont été abandonné ». Il se demande, comme les milliers de docteurs du pays, quoi faire de ces embryons laissés à part par d’anciens patients, dont beaucoup ont mis des mois voire des années à être conçus. 

 

Les raisons de l’abandon sont multiples, même si une étude interne à la clinique suggère que les facteurs les plus importants sont le nombre d’enfants que le couple a déjà, et les finances. Selon la Clinique, les frais de stockage pour des embryons congelés tournent aux alentours de 500 à 1 000 dollars l’année et même plus. 

 

« Les embryons abandonnés sont un problème majeur, et il est partout », a expliqué Dr. Christine Allen, qui travaille avec une douzaine de cliniques de fertilité. Aux Etats-Unis, le nombre d’embryons abandonnés dans les 500 cliniques de fertilité n’est pas connu, car les cliniques n’ont pas à rapporter ces informations à des organisations nationales. Selon Christine Allen, le nombre s’évaluerait « au moins » à des dizaines de milliers aux Etats-Unis. Dans un article co-écrit par Dr. Arthur Caplan dans Nature Biotechnology, il estime qu’il y a au moins 90 000 embryons abandonnés aux Etats-Unis. D’autres études avancent des chiffres plus élevés. 

 

Pour le Dr. Sweet, « l’idée d’embryons abandonnés est un dilemme éthique », car ils ont un potentiel de vie. « The American Society for Reproductive Medicine (ASRM), la principale société qui guide les médecins de le fertilité, a montré de nombreux documents indiquant que les embryons méritent le respect. » Dr. Pasquale Patrizio, directeur du centre de fertilité de Yale, explique que « le problème est que même si un embryons est considéré abandonné […], il est très difficile de s’en débarrasser. Et si un jour quelqu’un se présente et demande ‘où est mon embryon’ […], le dommage sera fait ». Pour cette raison, Patrizio dit que sa clinique ne détruit pas les embryons abandonnés. Richard Vaughn, un partenaire de l’International Fertility Law Group, affirme qu’« ils ne veulent pas être responsable d’une mort injustifiée. »

 

Le Dr. Allen considère que le problème est que les cliniques fertilisent trop d’ovocytes : « avec les technologies que nous avons, créer un nombre important d’embryons excédentaires n’est pas nécessaire du tout ». Le problème est, selon elle, la mentalité des médecins qui extraient beaucoup d’ovocytes et créent des embryons, sans poser la question au couple. Elle appelle à plus de régulation, pour limiter le nombre d’embryons fabriqués par couple et éviter le surplus d’embryons.


Sources: 

NBC News (12/08/2019) - Nation's fertility clinics struggle with a growing number of abandoned embryos