Bébés génétiquement modifiés : des chercheurs réclament un moratoire temporaire



Par le biais une tribune publiée dans la revue Nature[1], dix-huit chercheurs de renommée internationale[2] demandent un moratoire mondial temporaire sur l’édition génétique des embryons humains et des cellules germinales dans le but de faire naître des enfants génétiquement modifiés.

 

Cet appel fait suite à la naissance des jumelles génétiquement modifiées par le chercheur chinois He Jiankui, annoncée au mois de novembre 2018. Une « expérience condamnée par la communauté scientifique, en raison de très nombreuses incertitudes pour la santé des enfants et de leur descendance » (cf. Bébés OGM : cobayes malgré eux).

 

Les signataires ne se prononcent pas en faveur d’une « interdiction permanente », mais pour « la mise en place d'un cadre international dans lequel chaque pays, tout en conservant le droit de prendre ses propres décisions, s'engagerait volontairement à interdire l'utilisation de cellules germinales génétiquement modifiées à moins que certaines conditions ne soient remplies»[3]. Ils ne visent pas non plus « les manipulations génétiques faites dans le cadre de recherches tant qu'elles n'aboutissent pas à une naissance ». Le rôle de cette institution internationale serait de « vérifier la pertinence des décisions prises par les pays ».

 

De son côté, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a mis en place un comité d’éthique qui se réunira pour la première fois les 18 et 19 mars prochains à Genève (cf. Bébés génétiquement modifiés : L’OMS lance un comité d’éthique). A l’issue de cette rencontre, des recommandations devraient être publiées, mais elles ne seront pas contraignantes pour les pays-membres, l’OMS n’ayant pas autorité sur eux.

 

Georges Church, généticien renommé de Harvard, avait appelé en 2015 à un moratoire, mais aujourd’hui il « n’y croit plus » : « Mon expérience est que les moratoires ont l’effet paradoxal d’accélérer le financement de la recherche dans le domaine considéré, au nom de la sécurité : cela a été le cas à propos des cellules souches aux Etats-Unis. » De fait il « n’attend ‘pas grand-chose’ de l’OMS pour prévenir la création incontrôlée de ‘bébés Crispr’ par des individus ou des Etats voyous : ‘Tant qu’on ne parlera pas de surveillance [comme le fait le FBI pour la biologie de synthèse], d’incitations et de sanctions, la discussion ne sera pas sérieuse’, estime-t-il ».

 


[1] Adopt a moratorium on heritable genome editing, Nature (2019). DOI: 10.1038/d41586-019-00726-5

[2] Eric S. Lander, Françoise Baylis, Feng Zhang, Emmanuelle Charpentier, Paul Berg, Catherine Bourgain, Bärbel Friedrich, J. Keith Joung, Jinsong Li, David Liu, Luigi Naldini, Jing-Bao Nie, Renzong Qiu, Bettina Schoene-Seifert, Feng Shao, Sharon Terry, Wensheng Wei & Ernst-Ludwig Winnacker

[3] Chaque pays s’engagerait à bloquer ce type de recherche pendant une période donnée, pour se laisser le temps de « discuter des questions techniques, scientifiques, sociales et éthiques à prendre en compte » et d’en informer le grand public. A l’issue, et à condition de participer aux discussions internationales sur le sujet  chaque pays pourrait décider seul de ce qu’il autoriserait.

 


Sources: 

Le Figaro, Cécile Thibert (13/03/2019); Agence Science Presse (13/03/2019); Medical press, Malcolm Ritter (13/03/2019)