« Bodyoids » : des scientifiques proposent la fabrication de corps sans conscience pour la recherche

Publié le 16 juin 2025
« Bodyoids » : des scientifiques proposent la fabrication de corps sans conscience pour la recherche

Les personnes décédées chez qui la ventilation et la circulation sont maintenues pendant une période définie après la déclaration de la mort selon des critères neurologiques (mort cérébrale) « imitent la physiologie humaine vivante, ce qui offre des possibilités de recherche extrêmement précieuses ». Dans un article récemment publié dans le journal Science [1], des chercheurs américains [2] considèrent que « le potentiel » offert par les personnes en état de mort cérébrale « reste largement inexploité pour la recherche thérapeutique chez l’homme ». Tout en défendant bien sûr « l’importance du respect des normes bioéthiques établies ». Deviendrions-nous des matériaux de laboratoire à notre mort ? (cf. « 60% d’eau, 40% de matières organiques » : « comme vous, je suis recyclable »)

De la mort cérébrale au corps sans conscience

Au nom de la recherche, et en se drapant de la bonne conscience dont bénéficieraient sans condition ceux qui invoquent la santé, certains sont prêts à toutes les transgressions. Ainsi, des scientifiques de l’Université de Stanford entendent même créer une nouvelle catégorie d’êtres : les « bodyoids » [3]. Des ersatz de corps humains, dont la seule raison d’être serait de faire avancer les connaissances.

« Pourquoi entendons-nous parler de percées médicales chez la souris, mais rarement de leur traduction en remèdes pour les maladies humaines ? Pourquoi si peu de médicaments soumis à des essais cliniques reçoivent-ils l’approbation des autorités réglementaires ? Et pourquoi la liste d’attente pour une transplantation d’organe est-elle si longue ? Ces défis découlent en grande partie d’une cause commune : une grave pénurie de corps humains d’origine éthique », estiment ces chercheurs.

Déplorant le recours massif aux animaux dans la recherche médicale, une pratique qui « ne permet pas de reproduire les principaux aspects de la physiologie humaine » et qui oblige à nuire à des « créatures sensibles », les scientifiques préconisent dès lors de « produire des corps humains vivants dépourvus des composants neuronaux qui nous permettent de penser, d’être conscients ou de ressentir la douleur ». Des corps « de rechange », « à la fois humains et non humains », qui seraient un « moyen de sortir de cette impasse morale et scientifique » grâce aux progrès récents de la biotechnologie, considèrent-ils.

« Une source potentiellement illimitée de corps humains »

Et il ne s’agit pas que de science-fiction. « Les progrès technologiques récents l’ont rendu plausible », assurent ces scientifiques de Stanford. Pour illustrer leur propos, ils évoquent les cellules souches pluripotentes, qui peuvent donner naissance à tous les types de cellules du corps adulte. Des cellules déjà utilisées pour reproduire le développement précoce d’embryons humains (cf. Des chercheurs observent la gastrulation d’un « embryon de synthèse » humain). « Parallèlement, la technologie de l’utérus artificiel progresse rapidement, affirment-ils, et d’autres voies pourraient s’ouvrir pour permettre le développement de fœtus en dehors du corps. »

Ainsi, ces trois scientifiques proposent de concevoir des « embryons de synthèse » à partir de cellules souches, sans passer par une fécondation, de les modifier génétiquement « pour inhiber le développement du cerveau » et de faire croitre ces êtres chosifiés dans des utérus artificiels, pour définitivement leur refuser toute dignité. En associant ces techniques la création de « bodyoids » deviendrait alors « une source potentiellement illimitée de corps humains, développés entièrement en dehors du corps humain à partir de cellules souches, dépourvus de sensibilité ou de capacité à ressentir la douleur ».

Et « tout cela sans dépasser les limites éthiques de la plupart des gens ».

Quelles seront les nôtres ?

 

[1] Douglas B. Pet et al. Discovery research in physiologically maintained deceased.Science 388,473-476(2025). DOI:10.1126/science.adt3527

[2] Notamment du Weill Institute for Neurosciences de l’Université de Californie, San Francisco

[3] MIT Technology review, Carsten T. Charlesworth, Henry T. Greely et Hiromitsu Nakauchi, Ethically sourced “spare” human bodies could revolutionize medicine (25/03/2025)

Le terme « bodyoid » est dérivé de « body » qui signifie corps en anglais.

Photo : Pixabay