CRISPR-Cas9, distorsion morale d'une société ultra-eugéniste

Publié le 20 mai 2015
CRISPR-Cas9, distorsion morale d'une société ultra-eugéniste

Laurent Alexandre, président de DNAVision, signe une chronique dans le supplément Science&Médecine du Monde, sur l’utilisation des CRISPR-Cas9 pour la modification du génome de l’embryon humain (cf. Synthèse Gènéthique du 23 avril 2015), qu’il intitule « Distorsion morale sur la correction du génome ».

 

Il y affirme que les techniques permettant de faire naître des enfants « zéro défaut », ou « bébés à la carte », ne seront « opérationnelle sur l’embryon humain que dans dix à quinze ans ». Il invite ses contemporains à mener une réflexion sur « l’immense pouvoir dont nous allons disposer sur notre identité génétique » dans l’intervalle restant.  

 

Laurent Alexandre part du postulat selon lequel les « parents du futurs exigeront des modifications génétiques embryonnaires pour prévenir le développement de maladies chez leur enfant ». Il prophétise qu’ils préfèreront cette option à celle « d’avorter les bébés mal formés », et dénonce la « distorsion morale » de ses contemporains vivant dans une « société ultra-eugéniste », qui a admis « l’élimination des trisomiques », mais ratifie la convention d’Oviedo qui bannit les modifications du génome humain.

 

Le journaliste Jean-Yves Nau, sur son blog, a commenté cette chronique, remettant en cause les certitudes avancées par Laurent Alexandre, notamment sur les « exigences des parents du futurs ». Il désapprouve également l’analyse qui est faite sur le temps de la réflexion : « L’immense pouvoir dont il [Laurent Alexandre] parle n’est pas à venir, il est là; et nous n’avons plus guère le temps de réfléchir à ce que certains pourraient bien faire de notre identité génétique ».

 

Le Monde (Laurent Alexandre) 19/05/2015 – Jean-Yves Nau 19/05/2015