De la bêtise artificielle – Anne Alombert

Publié le 13 janvier 2026
De la bêtise artificielle – Anne Alombert
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Le titre est provocateur, car la réflexion est indispensable.

Dans un essai ramassé et très accessible, la philosophe Anne Alombert dénonce l’adoption à marche forcée de technologies qui représentent un péril pour l’être humain : « Nous n’avons pas affaire à des intelligences artificielles, mais à des automates computationnels. A travers eux, ce ne sont plus seulement les savoir-faire des artisans, mais les savoir-penser des citoyens qui sont menacés. »

« Ne sommes-nous pas, nous aussi, désormais réduits à corriger les erreurs constatées dans les textes automatiquement générés par des dispositifs comme ChatGPT, pour autant que nous en ayons encore les capacités ? », interroge la philosophe. En « déléguant » nos facultés à des systèmes automatisés, c’est-à-dire en cessant de les exercer, loin de les augmenter « ne risque-t-on pas plutôt de désapprendre à lire, à écrire donc à parler et à penser ? »

Le rythme est frénétique et « les industries numériques jouissent d’un privilège exorbitant : elles peuvent se diffuser massivement avant même que leurs effets sur les populations n’aient été évalués et discutés ». Or « on ne diffuse pas un médicament à l’échelle mondiale sans aucune précaution » et comme le pointe l’ancienne députée européenne Marietje Schaake citée par Anne Alombert, « il ne faudrait pas envisager l’IA autrement, il s’agit d’une expérimentation à grande échelle et en temps réel sur l’ensemble de la société ».

Toutefois la philosophe considère que « ce ne sont pas les technologies numériques en tant que telles qui provoquent la prolétarisation de l’expression, l’uniformisation culturelle et la désinformation industrielle mais leur appropriation exclusive par des entreprises quasi monopolistiques, qui les développent dans le sens de la disruption et de l’automatisation ». « Le problème n’est donc pas celui de l’« intelligence artificielle » en tant que telle, estime Anne Alombert, mais des choix politiques et des modèles économiques des entreprises ou organisations qui conçoivent, détiennent et développent les dispositifs numériques. Ceux-ci conditionnent les fonctionnalités, les usages et les effets de ces technologies. »

Ainsi la philosophe juge qu’un chemin vers « des démocraties numériques » est possible à condition de mettre en œuvre des « recommandations collaboratives » et un « pluralisme algorithmique ». Un « changement de paradigme » pour « retrouver le sens du progrès ». Est-ce une vision optimiste ? Une alternative réaliste ? Chacun pourra se déterminer.

Editeur : Allia

Date de publication : 02/09/2025

Nombre de pages : 144