« Des dénis de grossesse sur commande » : un documentaire dévoile la réalité de la GPA

Publié le 27 novembre 2025
« Des dénis de grossesse sur commande » : un documentaire dévoile la réalité de la GPA
interview
© Ligne de Front

Après avoir travaillé aux Etats-Unis et en Inde et réalisé des reportages dans une quinzaine de pays, puis plusieurs années pour l’émission Enquête Exclusive sur M6, la journaliste Alice d’Oléon a réalisé le documentaire intitulé « La face cachée de la GPA »[1] chez Ligne de Front. Une enquête coup de poing sur une industrie mondialisée et florissante qui pèse déjà 22 milliards. Entretien.

Gènéthique : Pourquoi vous être intéressée à la GPA ?

Alice d’Oléon : C’est la société Ligne de Front, qui produit le film, qui m’a proposé d’enquêter sur ce sujet. J’ai accepté parce que c’est un sujet qui me touchait. Je voulais comprendre comment une femme pouvait en arriver à donner son enfant à la naissance, je voulais comprendre comment ces enfants le vivaient. Et j’étais aussi très émue par la souffrance de parents en mal d’enfant et me demandais comment eux, rationalisaient le fait de faire une GPA. Cette empathie ne m’a pas quittée mais j’ai été vraiment choquée du cynisme de l’industrie de la GPA en revanche. Une industrie ultra florissante, qui fait commerce de vies humaines…

G : La GPA est habituellement présentée sous un jour très positif dans les médias, affichant le bonheur de familles, parents comme enfants (cf. « France 2 nous a présenté un Walt Disney de la GPA » ; « Matraquage médiatique » : des associations féministes dénoncent une « propagande » pro-GPA). Est-ce ce que vous avez constaté sur le terrain ?

AdO : Sur le terrain j’ai observé beaucoup de souffrance, beaucoup de sacrifice et beaucoup de manque. J’ai même interviewé un couple de parents d’intention (qui ne figure finalement pas dans le film car leur histoire était trop complexe à intégrer) qui sont tout bonnement déchirés par ce parcours de GPA. Ils me disaient eux même : « si vous pouvez faire autrement, ne faites pas de GPA ». On est très loin de l’image véhiculée par ailleurs.

Bien sûr, il existe peut-être des parents et des enfants qui le vivent bien et je leur souhaite. Mais je n’en ai pas rencontrés personnellement. Quant aux mères (porteuses), elles le font dans l’immense majorité des cas pour sortir d’une grande précarité. Et elles en souffrent toutes à leur manière. Il faut imaginer qu’elles font tout pour ne pas s’attacher à cet enfant qui grandit en elles. Un médecin m’a expliqué les choses en ces termes : « elles font des dénis de grossesse sur commande ». C’est d’une violence inouïe.

G : Un témoignage vous a-t-il particulièrement marquée ?

AdO : J’ai été vraiment bouleversée par la bonté de certaines personnes, au milieu de toute cette souffrance. Marina est infirmière en Ukraine. Elle a recueilli une petite fille à sa naissance car elle est née handicapée, et ses parents d’intention n’ont finalement pas voulu d’elle.

G : Quand certains plaident en faveur d’une GPA qui pourrait être « altruiste », votre documentaire montre qu’une véritable industrie est à l’œuvre. Existe-t-il une GPA « éthique » selon vous ? La GPA pourrait-elle s’inviter dans la prochaine révision de la loi de bioéthique ?

AdO : La GPA dite « éthique » est celle qui se veut non-commerciale. D’abord c’est rarement véritablement le cas car il existe toujours des formes de compensation. En Grèce par exemple, la mère porteuse n’est pas rémunérée mais elle touche une indemnisation d’environ 20 000 euros. Ensuite il faut quand même noter que si la mère porteuse n’est pas payée, les agences, les médecins, les cliniques et les avocats, eux, sont bel et bien payés. Donc je ne crois pas qu’on puisse véritablement considérer cela comme éthique.

Dans le film je montre le cas d’une femme, Kim, qui n’est pas rémunérée et qui semble très épanouie par son choix. Mais dès qu’on creuse, on s’aperçoit que son consentement n’était certainement pas si libre et éclairé que cela. Enfin, je paraphrase une réponse de la philosophe et académicienne Sylviane Agacinski qui dit souvent que parler de « GPA éthique », c’est comme parler « d’esclavage éthique ». Est-ce que si un esclave avait été consentant et volontaire, cela aurait rendu l’esclavage éthique ?

[1] Après une première diffusion par Le Figaro TV, le documentaire est disponible en ligne sur YouTube.