Don d’organes : des cœurs transplantés qui « s’adaptent » à l’âge biologique du receveur ?
Selon une étude pré-publiée sur le serveur bioRxiv[1], les cœurs transplantés « s’adaptent » à l’âge biologique du receveur, « quel que soit leur âge initial ». Et pas l’inverse (cf. Des « sacs d’organes » pour remplacer l’expérimentation animale ?). Une découverte qui « pourrait s’avérer importante » dans le domaine de la transplantation, mais qui met également en évidence « à quel point le vieillissement — et le rajeunissement — sont complexes ».
Une étude menée d’abord chez la souris…
Jesse Poganik, du Brigham and Women’s Hospital de Boston, et ses collègues, ont réalisé une série de greffes cardiaques chez des souris. L’expérience a consisté à leur implanter un deuxième cœur, dans le cou, afin de « comparer les nouveaux cœurs avec ceux déjà présents »[2]. Dans certains cas, de jeunes souris adultes ont reçu un cœur provenant d’un donneur d’âge mûr. Dans d’autres, des souris d’âge mûr ont reçu des cœurs jeunes.
Le chercheur explique qu’il s’attendait à observer « un effet réciproque » des organes sur les animaux. Pourtant ce n’est pas ce qu’il a constaté. En analysant les cœurs transplantés entre quatre et six mois après l’intervention, ils ont découvert que ceux-ci semblaient « avoir adopté l’âge biologique des receveurs » : « les cœurs jeunes avaient vieilli, et les cœurs âgés avaient rajeuni ». « L’environnement de l’organe transplanté détermine véritablement son comportement biologique », analyse le chercheur. L’examen du sang et des autres organes de chaque souris — y compris son « cœur d’origine » — a révélé qu’« ils ne semblaient pas affectés par la présence du nouveau cœur, quel que soit l’âge du donneur ».
… corroborée par des données chez l’homme
Les observations des chercheurs ont été corroborées par des données issues de transplantations cardiaques chez l’homme[3] : « quel que soit l’âge du donneur, un nouveau cœur adopte rapidement l’âge biologique de la personne qui l’a reçu ».
Les scientifiques ne savent pas expliquer précisément ce phénomène. Selon João Pedro de Magalhães, qui étudie le vieillissement à l’université de Birmingham au Royaume-Uni et n’a pas participé à cette étude, cela pourrait être lié au système immunitaire du receveur. Les cellules immunitaires circulant dans le sang pourraient influencer les marqueurs du vieillissement dans le nouvel organe. Il se pourrait également qu’« un seul organe ne suffise tout simplement pas pour observer un effet ».
Jesse Poganik espère que ses résultats encourageront les chirurgiens à envisager l’utilisation de cœurs provenant de donneurs plus âgés. Des cœurs souvent écartés car on les considère comme fonctionnant moins bien[4].
« Cette complexité signifie que les scientifiques ont peu de chances de découvrir un véritable moyen d’inverser complètement le vieillissement », pointe en outre le scientifique. Car « chaque aspect du vieillissement devrait remonter le temps », dans l’ensemble de nos cellules et tissus. Or d’après le chercheur « certains aspects de l’âge biologique sont probablement réversibles, tandis que d’autres ne le sont probablement pas » (cf. Le vieillissement, un problème de transcription ?).
[1] Jesse R. Poganik et al., Transplanted hearts assimilate the recipient’s biological age, https://doi.org/10.64898/2026.09.15.751836
[2] La procédure est plus simple que le remplacement d’un organe par un autre
[3] En analysant les biopsies cardiaques de receveurs sur plusieurs années
[4] En examinant les dossiers hospitaliers, Jesse Poganik a constaté que la plupart des receveurs avaient environ 20 ans de plus que leurs donneurs
Source de la synthèse de presse : MIT technology review, Jessica Hamzelou (25/09/2026)