Don d’organes : une croissance de l’activité liée à la hausse des prélèvements « Maastricht III »
Le 13 février, l’Agence de la biomédecine (ABM) a communiqué dans un dossier de presse les chiffres de l’activité de prélèvement et de greffes d’organes en France pour l’année 2024.
« Un niveau remarquable qui n’avait plus été atteint depuis 2017 »
« L’activité poursuit son augmentation dans les courbes de croissance définies par le Plan ministériel 2022-2026 pour le prélèvement et la greffe d’organes et de tissus. Les efforts et la stratégie mise en place portent leurs fruits » relève l’agence.
En 2024, 6034 greffes ont été réalisées, soit 401 de plus qu’en 2023. Une hausse de 7,1 %. L’activité a atteint « un niveau remarquable qui n’avait plus été atteint depuis 2017 » se félicite l’ABM qui souligne que cette augmentation a été plus importante que celle du nombre d’inscrits actifs sur la liste nationale d’attente (+ 5,5 %).
S’agissant des organes, 3 757 greffes concernaient un rein et 1 439 un foie, alors que seulement 9 greffes cardio-pulmonaires et 1 greffe intestinale ont été pratiquées en 2024.
Le protocole Maastricht III mis à l’honneur
« Cette croissance de l’activité s’explique principalement par la forte hausse des prélèvements dits « à cœur arrêté » », indique l’ABM qui ne cesse de promouvoir ces protocoles malgré les questions éthiques qu’ils posent (cf. Le protocole Maastricht III en France: retour vers une « technicisation de la mort » ; Don d’organes : le protocole Maastricht III s’étend aux enfants). Les donneurs « Maastricht III » ont en effet connu une hausse de 12,8 % en 2024. 3 169 donneurs « en mort encéphalique » ont en outre été recensés, soit une augmentation de 1,2 %, et 1 544 ont été prélevés, plus 2,1 %.
En 2024, l’âge moyen des donneurs décédés était de 58 ans, un chiffre qui reste stable depuis 10 ans note en outre l’ABM. Cette année, 41 % des donneurs avaient entre 65 et 74 ans. Aucune limite d’âge n’est prévue par la loi rappelle l’agence.
614 greffes ont par ailleurs eu lieu avec un donneur vivant, parmi lesquelles 598 greffes de rein, soit une augmentation de 7,4 %, et 16 de lobe de foie (cf. Augmenter les donneurs vivants : le prochain chantier de l’ABM ; Les donneurs de reins vivants plus susceptibles de développer de l’hypertension). Pour la première fois, 3 « paires » de donneurs et de receveurs de reins ont eu outre été opérées simultanément. Une pratique dont les modalités ont été fixées par un décret du 10 décembre 2021 afin d’accroître la disponibilité de greffons (cf. Greffe : Un décret précise les modalités du don croisé d’organes).
Une forte opposition, surtout chez les jeunes
Pour l’ABM, une ombre subsiste toutefois au tableau : le taux d’opposition brut global des proches de patients décédés en mort encéphalique continue d’augmenter légèrement, passant de 36,1 % en 2023 à 36,4 % en 2024. Le taux atteint même 53,5 % en Ile de France, endroit où il est le plus élevé. Dénonçant des « idées fausses qui malheureusement persistent », l’ABM entend rassurer afin de « renforcer la culture du don » à tous les niveaux (cf. Instrumentaliser le témoignage pour augmenter les dons d’organes ?).
« Les 18-35 ans sont aujourd’hui la première classe d’âge à s’inscrire au registre des refus et les 18-24 ans se déclarent à 28 % « plutôt ou tout à fait opposé » au don d’organes » précise en outre David Heard, directeur de la communication et de la relation avec les publics. « Cette posture n’est pas nouvelle, mais elle s’accroit » regrette-t-il. L’agence entend les faire changer d’avis, et surtout renforcer leur adhésion à l’aide de websérie. Elle fait d’eux « une cible prioritaire » de l’ABM (cf. Don de gamètes : l’ABM recrute à la sortie des facs ; « Les jeunes », faux héros et vraies proies de notre époque).
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