[Interview] GPA ou l'instauration d'un prolétariat productif
Muriel Fabre-Magnan[1], professeur de droit à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est interviewée pour La Croix au sujet de la GPA en Inde. Aujourd’hui l’Inde compte 3 000 cliniques spécialisées dans le commerce de mères porteuses et d »enfants. Ce marché représente entre 500 millions et 2 milliards de dollars.
Muriel Fabre-Magnan dénonce sans ambigüités la mise en place d’un « prolétariat reproductif ». Elle décrit les conditions des femmes exploitées, lesquelles subissent une « pression plus ou moins ouverte de leurs maris », sont contraintes de cacher leur activité à leur famille et son « parquées et étroitement surveillées », sont traitées comme des « poules pondeuses » qui accouchent à 100% par césarienne.
L’universitaire s’offusque du « cynisme » avec lequel les partisans de la GPA s’accommodent de cette pratique parce qu’elle sort ces femmes de la misère. « Ce genre d’argument est un moyen commode de ne pas s’attaquer sérieusement aux causes des injustices sociales. À ce compte, il faudrait leur permettre aussi de vendre leur rein, leur cornée, ou encore leur foie, car elles y gagneraient plus d’argent encore. » Elle balaye d’un revers de main l’hypothèse d’un choix que feraient ces femmes: « dans la misère, le problème est précisément qu’elles n’ont pas le choix. Qu’est-ce que consentir lorsque l’on n’a pas la faculté de dire non ? »
Face à cette exploitation pure et dure, parfois justifiée sous couvert de bons sentiments, Muriel Fabre-Magnan s’indigne: « Notre capacité à fermer les yeux sur tout cela est proprement sidérante et, pour tout dire, effrayante. »
[1] Elle a publié en 2013 La Gestation pour autrui. Fictions et réalité (Ed. Fayard)
La Croix (Flore Thomasset) 16/12/2014