Le serment d’Augusta : Hippocrate au pilori de la modernité
Dans la soirée du 11 septembre dernier, une centaine de soignants se sont rassemblés au sein de la chapelle Saint-Louis de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière pour prêter un nouveau serment, le serment d’Augusta, qui se veut un « complément contemporain »[1] de celui d’Hippocrate[2]. Porté par la Sorbonne Université et l’AP-HP, l’évènement a pris la forme d’une cérémonie interdisciplinaire sans pour autant revêtir un caractère officiel ou règlementaire. Ouvert au public, l’évènement a rassemblé plus de 500 visiteurs[3].
Un serment de soignants ou un manifeste pour l’inclusivité ?
Ce serment emprunte son nom à Augusta Klumpke, première femme interne des Hôpitaux de Paris. La volonté de ses auteurs[4] est de proposer d’écrire la suite – ou de réécrire ? – celui d’Hippocrate, qu’ils semblent considérer trop poussiéreux et non « adapté » aux « réalités contemporaines » (cf. Un serment d’Hippocrate à la carte ?).
Composé de plusieurs promesses[5], le serment d’Augusta invite : « Je rechercherai le consentement activement et à chaque instant ; j’accompagnerai leurs choix ; je penserai les corps en dehors de la norme ; je prendrai soin de mes mots ; je tournerai mon regard vers celles et ceux que l’on oublie ; je regarderai « la race » en face ; j’écouterai le corps raconter les tourments de l’esprit ; j’écouterai leurs histoires jusqu’au bout ; j’irai chercher un peu plus loin la vérité ; je cultiverai une solidarité bienveillante et inclusive ; moi aussi, j’agirai contre les violences ; je prendrai soin de moi pour prendre soin des autres… ; … et je verrai mes vulnérabilités comme des atouts pour mieux soigner ! ». Des engagements parfois plus proches d’une déclaration de bons sentiments, voire d’un tuto de développement personnel, que d’un engagement de soignants.
Le serment d’Hippocrate, réellement « has been » ?
Pourtant, à y regarder de plus près, le serment d’Hippocrate [6] engage déjà les soignants sur de nombreux points prônés par celui d’Augusta. On retrouve ainsi : « Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions ». Ou encore : « j’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité ».
Le serment d’Hippocrate a déjà fait l’objet de « mises à jour », notamment suite à la dépénalisation de l’avortement (cf. Le nouveau Serment d’Hippocrate met la valeur de la vie humaine en balance). Et alors qu’il contient encore la promesse indispensable qui veut que le médecin ne provoquera « jamais la mort délibérément », il devrait en subir une autre suite à l’adoption cet été de la loi relative au « droit à l’aide à mourir » (cf. Le « droit à l’aide à mourir » publié au Journal officiel). Mais des principes éthiques peuvent-ils être « mis à jour » ?
La promesse de bien penser ?
Pour Olympe de Gê, co-auteur des engagements du serment d’Augusta : « Depuis Hippocrate, beaucoup de choses ont changé dans la conception du corps dans la médecine, notamment avec le mouvement MeToo, alors il était important de proposer une version plus actuelle du serment »[7]. Au fond, le serment d’Augusta prétend dépoussiérer Hippocrate. Mais à force de vouloir moderniser le serment du médecin, ne s’agit-il pas finalement de remplacer le devoir de soigner par le devoir de bien penser ?
[1] Egora, Après Hippocrate, place à Augusta : plus de 500 soignants ont prêté un nouveau serment, Marine Quéau (14/09/2026)
[2] Le Monde, « Je rechercherai le consentement à chaque instant » : le serment d’Augusta prononcé par des soignants pour réinventer la relation avec les patients, Mattea Battalia (11/09/2026)
[3] Elise Calvez, sage-femme, militante féministe, connue sur les réseaux sociaux sous le nom de « Doctogouine » était marraine de l’événement
[4] Emmanuel Flamand Roze, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et Olympe de Gé, auteur
[5] Ses auteurs invitent à en proposer d’autres : il ne sera « jamais figé », affirme Emmanuel Flamand-Roze car il est appelé à évoluer « au fil de nos expériences, de nos réflexions et surtout des besoins des patients ».
[6] Conseil national de l’ordre des médecins, Le serment d’Hippocrate, « dernière mise à jour » le 22/03/2019
[7] Egora, Après Hippocrate, place à Augusta : plus de 500 soignants ont prêté un nouveau serment, Marine Quéau (14/09/2026)