Thérapie cellulaire CAR-T : vers un traitement « sur étagère » ?

Publié le 26 février 2025
Thérapie cellulaire CAR-T : vers un traitement « sur étagère » ?

La thérapie cellulaire CAR T est un traitement anticancéreux qui consiste à prélever les lymphocytes T du patient et à les modifier pour qu’elles « reconnaissent » des cibles spécifiques à la surface de la cellule cancéreuse. Or l’une des principales limites de ce type de thérapie, appelée thérapie « autologue », est que les cellules sont prélevées au départ sur le patient. Un traitement « sur mesure » qui prend du temps.

Utiliser une protéine virale

Pour y remédier, des chercheurs ont « équipé » les cellules CAR T d’une protéine virale appelée Nef [1], avec l’objectif de mettre au point des cellules CAR T « prêtes à l’emploi », fournies par des donneurs sains et stockées en attendant que le patient en ait besoin. Ces cellules CAR T « allogéniques » doivent être modifiées pour éviter qu’elles soient rejetées par le patient.

Les chercheurs ont testé leur approche dans un modèle de souris contenant des cellules immunitaires humaines. Ils ont constaté que Nef « réduit » la protéine HLA-I à la surface des cellules CAR T, un « signal d’alarme pour le système immunitaire ». En outre elle contribue à empêcher une forme de « suicide cellulaire » appelée apoptose. Les scientifiques ont publié leurs résultats dans Nature [2].

D’autres approches

Des chercheurs de l’Institut Curie, de Gustave Roussy, du CNRS et de l’Inserm, ont de leur côté identifié une « combinaison de gènes à cibler » pour « réduire la destruction des cellules injectées par le système immunitaire des patients ».

« Notre objectif dans cette étude était d’identifier des gènes des cellules injectées qui pourraient agir en réduisant cette réponse du système immunitaire de l’hôte, tout en limitant la croissance tumorale », explique le Dr Silvia Menegatti, chercheuse postdoctorale à l’Institut Curie. « Nous avons observé l’intérêt de la désactivation de deux gènes : B2M, démontré dans de précédentes études, et un nouveau gène, FAS », indique-t-elle. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Nature Biomedical Engineering [3].

Les cellules CAR T allogéniques pourraient présenter des avantages supplémentaires dans la lutte contre le cancer car elles pourraient provenir de donneurs plus jeunes et en meilleure santé que les patients. En outre, le fait de ne plus avoir à fabriquer des cellules « personnalisées » rendrait ce traitement « beaucoup plus largement disponible et plus abordable ».

 

[1] Pour identifier la « meilleure » protéine virale les chercheurs ont utilité l’outil CRISPR pour insérer différentes protéines virales dans une région précise du génome de la cellule CAR T appelée locus TRAC. La protéine Nef est utilisée par le virus du VIH.

[2] Karlo Perica et al, HIV immune evasin Nef enhances allogeneic CAR T cell potency, Nature (2025). DOI: 10.1038/s41586-025-08657-0

[3] Menegatti, S., Lopez-Cobo, S., Sutra Del Galy, A. et al. Ablation of FAS confers allogeneic CD3– CAR T cells with resistance to rejection by T cells and natural killer cells. Nat. Biomed. Eng 8, 1651–1664 (2024). https://doi.org/10.1038/s41551-024-01282-8

Sources : Inserm (07/02/2025) ; Phys.org, Jim Stallard (31/01/2025) – Photo : iStock