La Géorgie secouée par des scandales autour de la GPA
Depuis 2022 et l’invasion de l’Ukraine, les clients de la GPA se tournent vers la Géorgie, pays où la pratique est légale (cf. GPA : une « industrie locale » qui prospère en Géorgie). Les femmes géorgiennes susceptibles de devenir mères porteuses sont trop peu nombreuses pour « satisfaire » une demande d’ampleur internationale. L’implantation d’agences de GPA légales a permis à des trafiquants d’attirer des femmes venues de l’étranger (cf. GPA : un marché en forte croissance qui attire les escrocs).
Grâce au témoignage d’une victime, un trafic de femmes thaïlandaises à destination de la Géorgie a été révélé au grand jour. Engagées par de fausses agences de mères porteuses, ces femmes se voyaient extraire leurs ovocytes par la force. Puis un scandale sur la GPA en elle-même cette fois, assorti de condamnations, a exposé publiquement les effets de l’autorisation de la GPA dans le pays.
Parallèlement à cela, une récente étude de l’université d’Oxford montre le fonctionnement de réseaux qui exploitent des femmes originaires d’Asie centrale et font de la Géorgie le centre de trafic d’êtres humains à des fins reproductives.
Une mère de famille thaïlandaise trompée par une fausse agence de GPA
Na est une mère de famille thaïlandaise âgée d’une trentaine d’années. En août 2023, alors qu’elle est au chômage, la jeune femme répond à une annonce d’emploi sur Facebook. Cette annonce propose de devenir mère porteuse en Géorgie contre une rémunération de 900 euros par mois pendant la grossesse et 11.600 euros après la naissance de l’enfant.
A son arrivée à Tbilissi, alors que Na s’attendait à rencontrer des couples de parents d’intention, elle est emmenée dans un lotissement où sont enfermées une centaines d’autres Thaïlandaises. Il ne s’agissait pas de devenir mère porteuse : ces femmes été soumises à des injections d’hormones qui stimulaient l’activité de leurs ovaires. Leurs ovocytes étaient prélevés sous la menace (cf. PMA, GPA : des « donneuses » d’ovocytes traitées « comme du bétail » en Géorgie).
Fin 2024, Na a réussi à échapper à ce réseau en versant une rançon. Elle est retournée en Thaïlande et a témoigné auprès de la Fondation Pavena pour les enfants et les femmes.
Un trafic à des fins de fécondation in vitro à l’étranger
Selon les données de la Fondation et le résultat d’enquêtes de police, ces femmes, souvent des mères de famille au chômage comme Na, étaient détenues en captivité en Géorgie par Babycome, une entreprise chinoise. Les ovocytes prélevés sous la contrainte étaient vendus clandestinement dans d’autres pays pour des procédures de fécondation in vitro (FIV) (cf. GPA : des milliardaires chinois « sous-traitent » des dizaines de naissances aux Etats-Unis).
Des dirigeants d’agence de GPA condamnés pour l’exploitation abusive de 30 mères porteuses
Un autre scandale révélé en avril 2025 concerne l’agence géorgienne Kinderly. Les mères porteuses étaient hébergées dans un hôtel délabré avec leurs propres enfants et les exactions dénoncées sont nombreuses : enfants nés par GPA abandonnés à la maternité, avortements sous la contrainte, mères porteuses non rémunérées… Une quinzaine de mères porteuses ont entamé une action en justice. Ces femmes étaient originaires d’Asie centrale mais aussi d’Ukraine et de Russie. Les dirigeants de l’agence Kinderly, eux-mêmes originaires d’Arménie et d’Ukraine, ont été jugés et condamnés pour divers abus envers 30 mères porteuses.
Une première étude académique sur la GPA internationale en Géorgie
La Thaïlande a interdit les GPA internationales en 2015 après un scandale de grande ampleur, mais ce n’est pas le cas de la Géorgie (cf. Après l’Inde et la Thaïlande, le Cambodge interdit la GPA). Là, les cliniques recrutent des clients étrangers, en majorité chinois mais aussi israéliens et américains. La Géorgie est un petit pays : pour « satisfaire la demande », ces agences ont recours à des mères porteuses originaires de Thaïlande mais aussi d’Ukraine, Arménie, Ouzbékistan et Kazakhstan.
En juin 2025, le Centre des migrations, politique et société de l’université d’Oxford (COMPAS) a publié un article sur les déplacements de femmes originaires du Kazakhstan vers la Géorgie pour y devenir mère porteuse[1]. Recrutées sur Instagram et Tiktok, ces femmes doivent séjourner dans des logements collectifs où elles sont rémunérées pour dénoncer d’éventuels « écarts de conduite » de la part des autres femmes ; 20% d’entre elles sont ensuite employées pour recruter de nouvelles mères porteuses (cf. GPA : un colloque pour éclairer les enjeux éthiques, juridiques et politiques pour la France).
En juin 2023, le Premier ministre géorgien Irakli Garibashvili et le ministre de la Santé ont déclaré vouloir interdire la GPA et la FIV aux ressortissants étrangers. Ils souhaitent que ne soient autorisées que les « GPA altruistes » pour des couples géorgiens (Géorgie : la GPA commerciale interdite en 2024). Depuis, la situation n’a pas évolué.
[1] Polina Vlasenko, Mediating reproductive labor: affective migration infrastructures and Central Asian surrogates in Georgia, Mobilities (2026). DOI: 10.1080/17450101.2026.2672939
Sources de la synthèse de presse : ABC, agence EFE (05/06/2026) ; Infobae, María Carcaboso Abrié y Punyawee Polsen (04/06/2026) ; Phys.org, Gaby Clark (15/06/2026)