Scores de risque polygénique : des enfants « conçus pour répondre aux attentes parentales » ?
Dans un article publié dans Frontiers in Reproductive Health[1], le professeur Tetsuya Ishii de l’université d’Hokkaido examine l’utilisation émergente des tests génomiques pour prédire des traits complexes chez les embryons, tels que l’intelligence ou le risque de développer plus tard dans la vie des pathologies comme le diabète, des maladies cardiaques ou la maladie d’Alzheimer (cf. Une start-up américaine propose de trier les embryons en fonction de leur QI ; Diabète : des scores de risque polygénique pour en prédire l’évolution).
Ces dernières années en effet, des scientifiques ont identifié de nombreuses variantes génétiques liées à ces traits complexes et les combinent en un seul indicateur, le « score polygénique », une estimation statistique de la prédisposition génétique d’un individu à un trait ou à une affection particulière. « La prédiction des traits complexes reste très incertaine », souligne le professeur, notamment car ces « scores » ne tiennent pas compte des influences environnementales (cf. Scores de risque polygénique : des résultats « imprécis et incohérents »).
Une règlementation très hétérogène à traves le monde
Aux Etats-Unis, le « dépistage embryonnaire polygénique » est disponible dans le commerce depuis 2019, et certaines cliniques de fertilité le proposent systématiquement aux futurs parents (cf. Scores de risque polygénique : « Il n’y a pas d’êtres humains parfaits, et les embryons ne font pas exception »). Des enquêtes semblent indiquer que « de nombreux Américains » sont favorables à l’utilisation des scores polygéniques pour « réduire les risques de maladie ». Certains sont également ouverts à leur utilisation pour des « caractéristiques non médicales ».
L’Allemagne et l’Italie quant à elles ont restreint ce dépistage aux « maladies génétiques graves », tandis que le Royaume-Uni n’autorise pas actuellement l’utilisation de ces scores polygéniques pour la sélection des embryons.
Dans de nombreux autres pays, aucune réglementation claire n’a encore été mise en place.
Une technique eugéniste
Cette technologie soulève « plusieurs préoccupations d’ordre éthique », relève le Pr Ishii. En effet, les futurs parents pourraient « nourrir des attentes irréalistes » concernant leurs futurs enfants sur la base de prédictions génétiques qui restent incertaines.
A cela s’ajoutent des préoccupations sociétales plus larges, notamment la « stigmatisation potentielle de certains traits », le risque de « considérer les enfants comme des produits conçus pour répondre aux attentes parentales », et « la crainte que cette technologie ne ravive des idées associées à l’eugénisme » (cf. L’eugénisme : une pratique interdite… mais florissante).
Le scientifique pointe en outre un « fossé grandissant » entre l’avis des experts sur le sujet et l’attitude de futurs parents, enclins à recourir à ces techniques (cf. Trier les embryons pour réussir à l’université ?). Dès lors, il appelle les décideurs politiques à adopter « des réglementations fondées sur le principe de précaution », « tout en améliorant la compréhension du public quant à ce que les prédictions génétiques peuvent ou ne peuvent pas révéler de manière fiable » (cf. « Génétique et Société » : autoriser le dépistage préconceptionnel au nom de la science ?).
[1] Tetsuya Ishii, Precautions for polygenic embryo selection: prohibition or cautious use, Frontiers in Reproductive Health (2026). DOI: 10.3389/frph.2026.1771127
Sources de la synthèse de presse : Medical Xpress, Hokkaido university (29/03/2026) ; News medical, Hokkaido University (31/03/2026)