Trafics d’organes en Chine : les appels à l’action se multiplient face aux preuves

Publié le 17 juillet 2026
Trafics d’organes en Chine : les appels à l’action se multiplient face aux preuves
© iStock - mammuth

Alors que de nombreuses enquêtes dénoncent l’existence de trafics d’organes en Chine, des experts ont appelé à un durcissement de la législation britannique lors d’un séminaire parlementaire[1] organisé le 8 juillet à Londres. Des preuves de prélèvements forcés effectués sur des prisonniers ont été présentées à cette occasion (cf. Chine : des prisonniers exécutés par prélèvement d’organes ?).

Jan Jekielek, rédacteur en chef adjoint de The Epoch Times et auteur de Killed to Order, dénonce le système mis en place dans le pays. « En Chine, les délais d’attente ne se mesurent souvent pas en années, ni même en mois, mais en semaines, voire en jours » pointe-t-il, citant notamment le cas d’une Allemande qui a reçu trois foies en Chine entre 2015 et 2019.

Ethan Gutmann, journaliste d’investigation, souligne pour sa part l’existence de très nombreuses disparitions dans le territoire autonome du Xinjiang. « Nous sommes face, au minimum, à un quart de million de morts parmi les Ouïghours et les Kazakhs, et ce chiffre ne cesse d’augmenter » indique -t-il.

« Les institutions sont terriblement désintéressées »

Aux Etats-Unis, le mois dernier, des experts ont également appelé le pays à prendre des mesures plus fermes suite aux auditions de la Commission exécutive du Congrès sur la Chine. Face aux nombreux témoignages de survivants, de chercheurs ou d’experts médicaux, ils reprochent à l’ONU de ne pas avoir suffisamment agi pour mettre fin à des violations des droits de l’homme. Le droit international considère pourtant que le prélèvement d’organes sous contrainte est une forme de traite des êtres humains. « Les institutions sont terriblement désintéressées » s’offusque Jan Jekielek qui considère que la situation est « pire que ce que nous pensons ».

Des témoins ont démontré l’existence de trafics d’organes basés sur la coercition et la déshumanisation des minorités religieuses et ethniques, en particulier les Ouïghours et les adeptes du Falun Gong[2], une discipline spirituelle réprouvée par le PCC. D’ailleurs, dans un communiqué de 2021, les experts des droits de l’homme des Nations unies s’étaient dits « profondément préoccupés par les informations faisant état d’un traitement discriminatoire des prisonniers ou des détenus en raison de leur appartenance ethnique, de leur religion ou de leurs convictions » (cf. Prélèvement forcé d’organes en Chine : l’inquiétude des experts de l’ONU).

Des chercheurs, comme Ethan Gutmann, ont en outre mis en évidence les preuves de systèmes de détention secrets, de programmes de dépistage médical ciblant des populations vulnérables, mais aussi de délais d’attente qui semblent impossibles à expliquer dans le cadre d’un système de dons entièrement volontaires.

Des projets de loi, mais aucun texte adopté

Des auditions ont aussi eu lieu dans plusieurs commissions du Congrès américain. En 2025, Chris Smith, député républicain, a déposé la proposition de loi H.R. 1503 intitulé Stop Forced Organ Harvesting Act. Il n’hésite pas à qualifier la pratique de la Chine de « meurtre déguisé en médecine ». Son texte a été adopté par la Chambre des représentants avec 406 voix contre 1, mais il est ensuite resté bloqué au Sénat. Les membres de la Commission exécutive du Congrès sur la Chine demandent désormais son adoption.

Les sénateurs républicain et démocrate, Ted Cruz et Jeff Merkley, avaient également présenté en 2025 une autre proposition de loi bipartisane, le S 4009 intitulé Falun Gong and Victims of Forced Organ Harvesting Protection Act. Il entend imposer des sanctions aux responsables du prélèvement d’organes en Chine et charge le secrétaire d’État de rendre compte au Congrès des politiques chinoises en matière de prélèvement d’organes et du système de transplantation. Il est toujours en cours d’examen.

Deux études chinoises retirées dans le doute

Deux études chinoises[3] sur la transplantation hépatique, publiées il y a plus de dix ans dans le Journal of Hepatology, ont par ailleurs été récemment retirées par le comité de rédaction de la revue en raison de soupçons sur les transplantations décrites qui auraient pu concerner des organes « prélevés de manière non éthique ». « Le rédacteur en chef nourrit de sérieuses inquiétudes quant à l’insuffisance des documents attestant de la provenance éthique des organes et de l’obtention d’une autorisation éthique appropriée » explique la revue.

Dans les deux cas, les auteurs n’ont pas fourni les documents demandés afin de prouver, notamment, que les organes ne concernaient pas des prisonniers ou des victimes de trafic d’êtres humains. Ils n’ont pas non plus répondu aux exigences figurant dans les recommandations du Comité d’éthique de la publication ou dans la politique relative à la provenance des organes d’Elsevier, éditeur du Journal of Hepatology.

Ces retraits font suite à un article publié dans BMJ Open en 2019, dans lequel des chercheurs dirigés par Wendy Rogers, docteur de l’université Macquarie à Sydney, appelaient au retrait de 445 articles scientifiques sur la transplantation d’organes publiés dans 173 revues « dans l’attente d’une enquête sur chaque article ». Les chercheurs craignaient en effet que les organes aient été obtenus de manière non éthique auprès de prisonniers chinois.

En 2022, la Société internationale pour la transplantation cardiaque et pulmonaire avait aussi publié une déclaration sur l’éthique de la transplantation, indiquant qu’elle boycottait les études liées à la transplantation impliquant des organes ou des tissus provenant de Chine, compte tenu « de l’ensemble des preuves montrant que le gouvernement de la République populaire de Chine est le seul à continuer de soutenir systématiquement le prélèvement d’organes ou de tissus sur des prisonniers exécutés ».

« Aucune preuve que la Chine ait mis fin au prélèvement forcé d’organes »

Malgré l’annonce faite en 2015 selon laquelle la Chine aurait interdit l’utilisation des organes de prisonniers, Wendy Rogers relève que « nous n’avons aucune preuve que la Chine ait mis fin au prélèvement forcé d’organes » (cf. Don d’organes : de nouvelles règles en Chine). « Le nombre de transplantations reste élevé, ce qui soulève des doutes importants quant à la capacité du système de dons volontaires à fournir suffisamment d’organes » souligne au contraire la chercheuse.

En 2019, un tribunal indépendant basé à Londres et mis en place par la Coalition internationale pour tenter de mettre fin à la situation avait publié un rapport. D’après ses conclusions, la Chine aurait réalisé entre 60 000 et 90 000 transplantations par an, ce qui dépasse de loin les chiffres officiels du gouvernement, qui s’élèvent à environ 10 000. Les délais d’attente avaient également été pointés. Les conclusions du rapport avaient conduit à déterminer à l’unanimité que le prélèvement forcé d’organes avait été pratiqué pendant des années à une échelle considérable et que les adeptes du Falun Gong, avaient notamment été utilisés comme principale « source d’organes ».

Les autorités chinoises ont toujours réfuté ces allégations, affirmant que le pays avait réformé son système de transplantation et qu’il s’appuyait sur des dons volontaires. Il est extrêmement difficile d’effectuer à une vérification indépendante en Chine.

[1] Understanding the Chinese Leadership

[2] Le Falun Gong, également connu sous le nom de Falun Dafa, est une discipline spirituelle fondée sur les principes d’authenticité, de bienveillance et de tolérance. Sa pratique s’est répandue en Chine, mais ses adeptes ont été persécutés par le PCC

[3] Les 2 études retirées s’intitulent « Association between donor and recipient TCF7L2 gene polymorphisms and the risk of new-onset diabetes mellitus after liver transplantation in a Han Chinese population » publiée en octobre 2012 et « Safe use of liver grafts from hepatitis B surface antigen positive donors in liver transplantation » publiée en mai 2014

Sources de la synthèse de presse : MedPage Today, Mike Bassett (09/07/2026) ; Epoch Times, James Xu (12/07/2026) ; C-fam, Kelly Heilman (05/06/2026)