Contraception forcée au Groenland : pas de consensus sur l’existence d’un génocide mais les victimes seront indemnisées
Le 27 août, le Parlement danois a voté l’indemnisation des femmes inuites victimes de stérilisation forcée[1]. Une campagne menée à partir des années 1960 a concerné plus de 4000 femmes et jeunes filles, soit une Groenlandaise sur deux en âge de procréer (cf. Groenland : le 27 août, la Première ministre danoise a présenté ses excuses aux victimes de la campagne de contraception forcée menée jusqu’en 1992).
Cette pratique entendait « réduire les taux de natalité et la taille des familles ». Pour les autorités danoises, il se serait alors agi d’« un moyen d’améliorer le niveau de vie ainsi que les conditions sociales et sanitaires au Groenland ».
« Comme quoi ça vaut la peine de se battre »
« C’était un moment très fort pour nous, comme quoi ça vaut la peine de se battre » : la Groenlandaise Elisa Tove Christiansen témoigne de son émotion au moment du vote. C’est à 13 ans qu’on lui a posé un stérilet. Une intervention qui a conduit à une ablation de son utérus en raison des nombreuses complications qu’elle a subies.
Les victimes devraient être indemnisées à hauteur de 40 000 euros[2].
Pas de consensus sur l’existence d’un génocide
Le 28 août, deux rapports d’experts demandés par le gouvernement de Nuuk afin de faire la lumière sur l’existence d’un génocide ont rendu des conclusions divergentes. Les experts ne sont pas parvenus à s’entendre et ont remis deux documents.
« Il n’y a tout simplement pas la moindre trace de génocide. » C’est ce qu’affirment dans le premier rapport Jonas Christoffersen, ancien directeur de l’Institut danois des droits de la personne, et Jensine Nedergaard, une psychologue ayant travaillé au Groenland. Ils soutiennent n’avoir trouvé « aucune preuve qu’une autorité ou un professionnel de la santé ait, à quelque moment que ce soit, eu l’intention d’exterminer la population groenlandaise ».
Dans l’autre rapport, Dalee Sambo Dorough, avocate originaire de l’Alaska et ancienne présidente du Conseil circumpolaire inuit, et Miriam Cullen, professeur de droit à l’Université de Copenhague, indiquent qu’il existe « des motifs raisonnables » de croire que la limitation de la croissance démographique était « l’un des facteurs sous-jacents à l’approche des médecins en matière de contraception ». Mais elles trouvent également « des motifs raisonnables de croire que le Danemark avait enfreint la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide en ayant pris connaissance dès 1969 d’un risque grave que le programme équivaille à empêcher les naissances au sein d’un groupe, et en ayant omis de prendre toutes les mesures en son pouvoir ». Selon elles, « seul un tribunal pourrait trancher cette question ».
Pour la ministre de Santé du Groenland Mariane Paviasen, le débat doit se poursuivre.
Une « commission réconciliation »
Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a déclaré de son côté que le gouvernement démarrerait le processus de création d’une « commission de réconciliation ». Il espère la collaboration du gouvernement danois.
Le travail de la commission ne sera pas d’« attribuer des responsabilités », mais de « faire éclater la vérité en vue d’une véritable réconciliation, qui permettra de bâtir l’avenir que nous souhaitons en tant que société », affirme le Premier ministre. Mette Frederiksen, chef du gouvernement de Copenhague, s’y est déclarée favorable.
[1] Par injection contraceptive ou pose de dispositif intra-utérin
[2] 300 000 couronnes danoises
Sources de la synthèse de presse : rfi, Ottilia Ferey (28/08/2026) ; L’Humanité, Antoine Portoles (28/08/2026) ; Reuters (28/08/2026) ; euronews, Gavin Blackburn (28/08/2026) ; Le Monde, Anne-Françoise Hivert (30/08/2026) ; AP news (28/08/2026) ; Reuters, Stine Jacobsen et Tim Barsoe (28/08/2026) ; BBC, Patrick Jackson (28/08/2026)