Une IA générative à l’origine du génome d’un nouveau virus

Publié le 28 août 2026
Une IA générative à l’origine du génome d’un nouveau virus
© Pixabay

L’équipe du Pr Brian Hie, du département d’ingénierie chimique de l’Université de Stanford, et l’organisme à but non lucratif Arc Institute en Californie, ont annoncé dans la revue Science[1] avoir créé un outil d’IA capable de générer le code génétique d’un virus bactériophage inexistant dans la nature. Il est possible de générer par IA des gènes et des protéines, mais personne n’avait encore réussi à élaborer une intelligence artificielle capable de générer un génome entier (cf. Bientôt des traitements et vaccins conçus entièrement par IA ?).

Un « modèle linguistique génomique »

L’intelligence artificielle Evo 2 est un « modèle linguistique génomique » (cf. Evo 2 : modéliser et concevoir des génomes dans tous les domaines du vivant). De la même façon que les autres modèles linguistiques sont entraînés sur de vastes corpus de textes, les modèles linguistiques génomiques sont entraînés sur des corpus comprenant des millions de génomes issus de tous les domaines du vivant.

L’équipe de recherche du Pr Brian Hie a réussi à créer, grâce à ce modèle, un virus bactériophage capable de cibler et de se répliquer à l’intérieur de la bactérie Escherichia coli.

Un virus existant utilisé comme modèle par l’IA

Les chercheurs ont pris comme point de départ le modèle d’un phage (micro-organisme prédateur qui infecte spécifiquement les bactéries) existant dans la nature, appelé phage ΦX174, qui a pour hôte la bactérie Escherichia coli. Le génome de ce virus a fourni un cadre permettant de générer et d’évaluer des milliers de génomes créés par IA. Les chercheurs ont sélectionné 285 de ces génomes, qu’ils ont synthétisés chimiquement et testés en laboratoire, obtenant ainsi 16 virus viables et capables d’infecter la bactérie Escherichia coli et de s’y répliquer.

Un modèle d’IA qui pourrait être laissé en libre accès… ce qui ne fait pas l’unanimité

Le Pr Hie et son équipe ont décidé de laisser le modèle Evo 2 en accès libre, expliquant : « Il est de notre responsabilité de diffuser cette technologie fondamentale au plus grand nombre, compte tenu de ses immenses bienfaits potentiels pour la santé et l’humanité »[2].

Cette décision suscite de vives inquiétudes. Les professeurs Thomas Inglesby et Moritz Hanke, du Centre pour la sécurité sanitaire de l’université Johns Hopkins, alertent quant à eux dans Science sur les « questions urgentes de biosécurité et de biosûreté » soulevées par cette technique. Ils estiment que les « cadres de gouvernance actuels sont insuffisants pour superviser la génomique générative » (cf. Développement de l’intelligence artificielle : « la santé sert de prétexte »).

Un sujet de vive inquiétude pour les patrons de l’IA

En juin 2026, des entrepreneurs de l’IA tels que Sam Altman, fondateur d’OpenAI, Dario Amodei, co-fondateur d’Anthropic, ou encore Alexandre Wang, « IA chief officer » de Meta, ont adressé une lettre ouverte au Congrès américain. Ils lui demandent de rendre obligatoire un contrôle strict des commandes d’acides nucléiques synthétiques, ainsi que du matériel nécessaire à leur fabrication. Les IA génératives de virus doivent, selon eux, être strictement encadrées. Ces dirigeants de l’IA mettent en garde sur le fait qu’« il existe un vrai risque que les connaissances nécessaires pour fabriquer des armes biologiques soient à la portée d’acteurs malveillants » (cf. AI Act : déjà des « simplifications »).

[1] Samuel H. King et al., “Generative design of bacteriophages with genome language models,” Science 393, no. 6811 (2026): eaec2657, doi:10.1126/science.aec2657

[2] Thomas V. Inglesby & Moritz S. Hanke, “AI-designed viral genomes”, Science, 6 August 2026. DOI: 10.1126/science.aej8512

Sources de la synthèse de presse : BioNews, Dr Seymon Bodian (10/08/2026) ; Journal international de médecine, Quentin Haroche (10/08/2026) ; Le Figaro, Steve Tenré (07/08/2026) ; ABC News, Andrew Thorpe (07/08/2026)